‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 186 sur 298 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de toutes les traces de charlatanisme qui s'observent en celui-là '. Depuis qu'on attendait la réunion des Etats -Généraux, il n'y avait plus de changement sérieux possible sans la participation de ceux-ci, et il s'agissait de faire vivre la France jusque-là ^ Necker, qui si facilement se faisait illusion, ne s'en est pas fait sur ce point, parce que c'était celui qu'il connaissait le mieux. « Toute espèce de crédit étoit anéantie », dit il, « et je vis cependant qu'il falloit trouver plusieurs millions dans la semaine pour satisfaire à des engagements précis ^ )>.

Après la réunion des Etats-Généraux, le ministre trouva que les questions administratives étaient délaissées pour les questions politiques, et que les députes ne voulaient pas s'occuper des finances. « Il fallut », dit-il, « continuer la manœuvre* ». Ce que Necker a plus estimé que son action financière, c'est d'avoir réussi, dans l'hiver et au printemps de 1789, à préserver la capitale et plusieurs provinces de la disette, et il a nommé l'approvisionnement de Paris son acte le plus important ^ Cette calamité menaçait en effet de s'ajouter à toutes les autres ; après dix mauvaises récoltes, les éléments se mirent de la partie pour achever le désastre ; renchérissement des vivres s'ensuivit, et l'on subit en outre le plus rude hiver que Font eût vu depuis 1709. Dans la

1 Droz, Histoire de Louis XVI, II, 94-95.

^ Henri Martin, Histoire de France, XVI, 615.

^ Necker, De l'administration de M. Necker, VI, 26.

* Même ouvrage, VI, 25.

^ Même ouvrage, VI, 298.

Normandie seule, quarante mille ouvriers restèrent sans travail et sans pain*. De toutes les provinces affluaient vers Paris des gens sans abri qui venaient y chercher inutilement un secours contre la misère, mais qui augmentaient d'autant plus sûrement les bandes de mécontents, n'attendant qu'un signal pour courir à la révolte. Le gouvernement dut se préoccuper avant tout de s'approvisionner de blé pour nourrir ces masses affamées ; le pain, en effet, était devenu si cher que, même chez les riches, les invités devaient, cet hiver-là, l'apporter avec eux, et qu'on suspendit toutes les fêtes afin de venir en aide aux malheureux, à l'intention de qui des feux étaient allumés dans tous les carrefours de la capitale^ Les vues antérieures de Necker sur la liberté du commerce des grains n'avaient pas subi de changement ; elles étaient restées très simples, comme il le dit lui-même, et bornées à s'accommoder aux circonstances \ Quand il fut certain d'avoir affaire aune mauvaise année, il suspendit pour un temps indéterminé, le 7 septembre 1788, la libre exportation concédée au mois de juin de la même année, et se mit en devoir de faire venir du blé surtout de l'Amérique. En même temps il lit faire à l'étranger de grands achats de céréales, ce qui eut pour nouvelle conséquence de paralyser le commerce privé, celui-ci devant craindre à juste titre de ne pouvoir concourir sans d'énormes désavantages avec le gouverne-

* Jp-îTerson, Works, IH, 40.

2 Môiiio ouvrug<\ II, 591.

3 Neckor, Œuvres, VI, 298.

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