‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 188 sur 298 · CHAPITRE CINQUIÈME SSq · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME SSq

leur laisser le temps de revenir à leurs anciens débats ; mais il leur promit la réunion des Etats pour le mois de janvier suivant.

Ces mesures avaient pour but de mettre le plus tôt possible un terme à l'agitation des esprits, qu'une dernière faute de son prédécesseur avait portée au comble. Brienne s' étant aperçu, en effet, que sa promesse de convocation des Etats ne lui ralliait aucun des partis existants, avait imaginé de chercher la consolidation de son pouvoir dans le désaccord général. Une ordonnance du 5 juillet déclara que le gouvernement n'ayant pu retrouver toutes les dispositions relatives au mode d'élection et à la réunion des Etats, il engageait, au nom du roi, non seulement tous les corps, mais aussi toutes les personnes bien informées, à se livrer à des recherches à ce sujet et à présenter leur manière de voir. Quant au ministre, il espérait trouver facilement, dans le conflit des intérêts et des opinions, un appui auprès des plus forts.

Ce que la science du gouvernement prescrit de fixer par des règles certaines devint ainsi l'objet des contestations et la proie du hasard ; dans le pays tout entier petits et grands, jeunes et vieux, érudits et ignorants, hommes d'Etat et faibles femmes, enthousiastes sincères et froids intrigants, patriotes convaincus et aventuriers ambitieux, se mirent à la recherche de cette constitution perdue, qui gagnait d'autant plus en mérite qu'on ne parvenait pas à la découvrir. Comme toutes les institutions de l'ancienne monarchie, celle-ci s'était en partie modifiée au cours des

SgO MADAME DE STAËL ET SON TEMPS

temps, et en partie n* avait jamais été soumise à des règles très arrêtées. C'est ainsi qu'au commencement on ne nommait pas de membres des Etats ; noblesse et clergé apparaissaient en corps aux assemblées du royaume. Vers la fin du quinzième siècle seulement, dans chaque bailliage ou sénéchaussée, clergé, noblesse et bourgeoisie des villes choisissaient des députés de leur ordre. Le mode d'élection des membres du Tiers était tout aussi indéterminé. Le premier que Brienne lança sur cette vaste mer des recherches historiques, l'abbé Maury, revint en déclarant qu'il n'avait pas aperçu de terre. Malesherbes, qui avait été l'un des premiers à réclamer les Etats-Généraux à une époque où les rênes de l'autorité paraissaient encore fermes dans la main du gouvernement, sacrifia sa popularité pour prémunir, dans un mémoire au roi de juillet 1788, contre le danger d'opposer les uns aux autres, en modifiant les conditions de leur réunion, les trois ordres séparés dans tous leurs intérêts. Il revenait, au lieu et place, au plan de son ami Turgot, consistant à adjoindre à l'institution des Assemblées provinciales une assemblée unique composée de représentants choisis dans les classes possédantes. Avant tout, il conjurait le roi de ne plus souffrir d'équivoque dans la conduite de ses ministres et de ne pas permettre que la confiance dans la sincérité de ses desseins fût ébranlée, « car les conséquences du mécontentement général » , concluait-il, (( sont incalculables ». Dufresne Saint-Léon s'exprima d'une façon analogue dans un mémoire à Brienne. Le conseil était excellent, mais il venait

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