CHAPITRE CINQUIEME JQI
des années trop tard, et n'obtint que l'appui inutile de quelques-uns de ces esprits sages et expérimentés qui ne trouvent dans les révolutions ni place, ni crédit. (( 11 ne s'agit pas de ce qui a été, mais de ce qui doit être », déclara Mirabeau. Les Parlements répondirent d'une façon caractéristique. Ils réclamèrent la convocation et la constitution des Etats-Généraux d'après les règles suivies en 1614, c'est-à-dire le vote par ordres, contrairement aux vœux directs du Tiers. Puis, par un dernier coup de théâtre, ils élevèrent la prétention de représenter l'opinion de la nation tout entière et ils se retirèrent de la scène politique sous une avalanche d'accusations lancées contre eux dans la littérature et dans la presse. Une nouvelle et dernière évolution dans le sens des désirs populaires, qu'ils accomplirent en décem.bre 1788, après la séparation des Notables, n'amena aucun revirement en leur faveur. Leur rôle était joué le jour «où la vengeance les avait conduits au suicide ;>. Tandis que la tempête déchaînée par Brienne continuait à faire rage dans les Assemblées provinciales, des pamphlets et des brochures, dont le nombre, de juillet 1788 à mai 1789, est évalué à trois mille, s'occupaient de la solution du même problème'. « Depuis près de deux ans », écrit la Corresporidance de Grimm, « M. le comte de Lauraguais s'est enseveli dans la poussière de nos bibliothèques, et surtout dans celle des Bénédictins de Saint-Germaindes Prés, pour consulter tout ce qui nous reste de
* Larcy, Louis XVI et les successeurs de Turgot. Correspondant, mars lë67.
monuments authentiques sur l'histoire de notre droit public et de nos assemblées nationales ; aussi ne l'appelle-t-on plus dans sa société que « Dom Lanvaguais >u «Chaque jour, chaque heure, pour ainsi dire » , ajoute Grimm un peu plus loin, « voit éclore quelque nouvelle brochure, quelque nouveau volume sur les Etats-Généraux, et si l'on rassemble tous ces écrits à la Bibliothèque du roi, l'on y comptera très incessamment plus de volumes encore sur la constitution de la monarchie qu'il n'y en a déjà sur la constitution Unigenitiis ; car sur cette grande et belle question il n*y en a^ dit-on, guère au delà de dix mille' » . En novembre parurent le livre de Kersaint,Le bon tâmps, et un autre de d'Entraigues sur les Etats- Généraux, qui fut beaucoup lu, et non seulement nommait le peuple unique dépositaire de la souveraineté, mais rejetait déjà la forme monarchique au profit de la République ^ Lacretelle aîné, Target, Gasaux, publièrent également des commentaires de la question constitutionnelle. Grouvelle, secrétaire du prince de Gondé, attaqua Montesquieu, dont l'œuvre admirable manquait cependant, à son avis, de la double condition fondamentale de toute vraie législation, l'amour pour le peuple et l'amour pour la liberté. Il ajoutait que toutes les personnalités importantes du jour partageaient cette manière de voir sur la pensée-mère de l'ouvrage \
* Grimm, Correspondance littéraire^ XV, 339, 343, novembre 1788.
2 Tocqueville, Coup d'œil sur le règne de Louis XF/, 316. 8 Grimm, Correspondance titléraire, I, 271, II, 255.