‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 195 sur 298 · CHAPITRE CINQUIÈME 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME 4o

€t le Charles /Xde Marie-Joseph Chénier, cette tragédie de la Saint-Barthélémy, qui fonda le renom de Talma et marque la participation du théâtre aux événements de la première année de la Révolution, La pièce de M""® de Staël ne fut pas représentée ni même publiée, mais l'auteur en -lisait parfois des morceaux à ses amis. Gouverneur Morris, qui avait succédé à Jefferson comme représentant des Etats- Unis, en eut aussi connaissance et conserva l'impression que M"^^ de Staël écrivait mieux encore qu'elle ne lisait et que le caractère de Richelieu était très habilement tracé ^

La même idée qui la portait à glorifier au dixsepiième siècle la résistance au despotisme de la couronne l'amena à excuser ce qu'autrement elle ne pardonna jamais et à oublier plus d'une fois, en écrivant le nom de Miiabeau, qu'elle parle d'un des adversaires les plus décidés de son père. 11 n'y a aucun doute à cet égard : si M™° de Staël n'avait pas été la fille de Necker, elle se serait rangée du côté de celui qui représentait plus que tout autre le génie de la Révolution telle que M"'*' de Staël la comprenait en 1789. Tant que Mirabeau vécut, son regard resta rivé sur cette figure titanique, et chacune de ses fibres vibra sous l'impression de sa parole ardente. Son adhésion à l'attitude politique de son père, elle ne la sauva qu'à l'aide de ce sophisme, qu'il avait voulu comme homme d'Etat ce que réclamait l'aristocratique tribun lui-même.

1 Jared Sparks, Life of Gouverneur Morris with sélections from his correspondence^ I, 356.

Et que voulait Necker ? Dans les deux écrits qu'il a composés durant le long intervalle qui sépare son second ministère du premier, on ne trouve aucun détail à ce sujet. Le livre sur V Administration des finajiccs témoignait de sa prédilection et de s;m admiration pour les institutions anglaises, sans rien apporter de nouveau en cette matière et sans toucher le côté pratique de la question au point de vue français '. L'ouvrage sur \ Importance des opinions religieuses traitait de l'immense danger social de l'irréligion et reçut un prix de l'Académie au moment où son auteur devint ministre ^ Mais si le seul fait d'aborder de pareilles questions dans un pareil moment honorait le penseur et le chrétien, il n'en était pas moins vrai que cette liberté d'esprit supposait un homme que le formidable problème de la reconstruction d'une monarchie n'absorbait pas. Ce ne fut que dans des écrits publiés plus tard qu'il s'occupa du système politique qu'il aurait du pratiquer comme ministre. La facilité avec laquelle il renonça, pendant cette seconde administration, à la résistance qu'il avait opposée à la convocation des Etats, ne partait d'aucun changement de conviction. Car il a souvent répété plus tard que la précipitation mise par le gouvernement à promettre les Etats-Généraux et l'impatience manifestée par la nation relativement à l'exécution de cette promesse, avaient été cause de tout le mal qui suivit. « Pourquoi dissimulerai-je », écrivait-il plus tard, ■ « que mes premières et mes der

1 Necker, Œuvres, V, 598.

2 Grimm, Correspondance littéraire, XV, 229, 282, 302.

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