CHAPITRE CINQUIÈME 4o
nières pensées furent toujours favorables à un système de gouvernement avec lequel ni les Etats-Généraux divisés en trois ordres, ni aucun autre institut monarchique ne peuvent être mis en parallèle ^ ? » .
Ce mode de gouvernement était le système constitutionnel sur le modèle anglais, appuyé sur une forte aristocratie, sans laquelle Necker ne tenait pas non plus pour possible la monarchie modérée. Une noblesse militaire lui semblait dangereuse, une noblesse d'argent exposée à trop de vicissitudes ; il voulait une noblesse héréditaire et une représentation divisée en deux Chambres, car il prévoyait que du moment où ce plan échouerait, la soif de l'égalité l'emporterait sur le désir de la liberté. Tous les événements survenus plus tard ont confirmé la justesse de ces vues. Malheureusement, Necker ne fit rien pour les réaliser, quoiqu'il indique le moment qui a précédé la réunion des Etats comme celui où un roi énergique aurait réussi à résoudre la question dans ce sens. Louis XVI partageait, il est vrai, l'antipathie de toute sa famille pour les institutions anglaises, tout en n'allant pas aussi loin sous ce rapport que son frère, le comte d'Artois, qui affirmait encore, en pleine Restauration, qu'il valait mieux fendre du bois qu'être roi à la manière anglaise.
Mais il y avait d'autres choses, par exemple les Etats-Généraux eux-mêmes, ou le rappel de Necker, auquel le roi avait consenii contre son inclination, et
1 Necker, OEuvres, IX, 131.
un ministre qui se chargeait des affaires d'un Etat en banqueroute avait bien le droit de proposer un programme et d'avoir une opinion. Si Necker ne le tenta même pas, ce fut bien moins la faute des circonstances que celle de son caractère. Lui-même se reconnaît irrésolu et facilement hésitante M""" de Staël confirmait ce jugement en disant de son père que, par caractère comme par tempérament, il attendait les événements au lieu d'aller au devant d'eux : « Le scrupule dominait en lui, comme la passion domine chez les autres. L'étendue de son esprit et de son imagination lui donnait quelquefois la maladie de l'incertitude ; il était de plus singulièrement susceptible de regrets, et s'accusait souvent en toutes choses avec une injuste facilité ». M"'^ de Staël ne se contredit nullement en ajoutant que « si l'on pouvait lui faire un reproche comme homme d'Etat, c'était d'avoir autant de scrupule sur les moyens que sur le but, et de placer la morale non seulement dans l'objet que l'on se propose, mais dans la route même que l'on suit pour y parvenir » . Les actes de Necker répondent entièrement au jugement exprimé par sa fille. Non seulement il ne négligea aucune occasion de rappeler qu'à sa rentrée au ministère il avait trouvé le roi et ses conseillers liés par leurs promesses et par les espérances qu'elles avaient éveillées, mais il rejeta les responsabilités nées de cet état de choses, alors même que sa situation lui imposait le devoir de s'entremettre entre le maintien
» Necker, Œuvres, VI, 88.