‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 197 sur 298 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

de l'autorité royale confiée à ses soins et les vœux de la nation. Les questions qu'il s'agissait de résoudre sans tarder concernaient le nombre des députés en général et celui de chaque ordre en particulier, l'étendue des circonscriptions, le mode des élections, les conditions d'éligibilité, la forme du vote et des réunions dans lesquelles, d'après Tancien usage, les électeurs devaient donner leurs instructions aux députés*. Sur un de ces points, Necker tenait ferme ; il voulait qu'on accordât le doublement du Tiers, et, suivan tla remarque de sa fille, il regardait comme impossible que le roi, en le refusant, se montrât <( inutilement injuste et dangereusement impopulaire ». D'ailleurs, il avait déjà concédé cette double représentation aux Assemblées provinciales et ne pouvait guère, en bonne logique, la refuser aux Etats-Généraux. Par contre, il était moins fixé sur l'idée de savoir si l'éligibilité, comme le voulait Turgot, devait être soumise à des conditions sérieuses de fortune et à un revenu déterminé. Ce n'est qu'après avoir cessé d'être ministre qu'il déclara cette condition absolument nécessaire ; plus tard, il revint sur l'idée que de telles exigences auraient été inexécutables dans la France d'alors et auraient eu de plus pour effet d'exclure le clergé de paroisse, qui ne possédait rien, et beaucoup des membres les p capables du Tiers, que l'humiliante condition du payement de la taille empêchait d'acquérir des biens fonds.

^ * Leser, Deuxième ministère de Necker, 1\, d'après le Procès-verbal de V Assemblée des Notables tenue à Versailles en l'année 1788.

Comme ministre, toutefois^ il ne fit rien non plus pour rapprocher sur ce point l'état de choses existant en France de son idéal politique anglais, mais conçut la malheureuse pensée de convoquer une seconde Assemblée des Notables et de lui abandonner le soin de fixer le mode électoral. M"'*' de Staël ellemême ne défend pas cette idée de son père, et Thiers impute à JNecker le dessein d'avoir voulu anéantir le prestige des deux premiers ordres au profit de la couronne, accusation que l'extrême droite n'a jamais cessé de répéter. Mais l'accusation n'est pas justifiée, par cela seul qu'en cette occasion les calculs du ministre échouèrent tout d'abord. Le roi, en donnant son autorisation à la convocation des Notables, l'avait fait sous la condition que leurs délibérations ne seraient influencées en aucune manière. « La recommandation du roi », dit Necker, « ne me parut pas contraire à ses intérêts. On se donnoit le temps de voir le cours de fopinion publique, d'observer ses progrès et de juger de sa force ; et le conseil laissant agir les Notables, sans s'associer à leurs délibérations, ménageoit au roi l'occasion défaire un peu plus qu'eux en faveur du Tiers-Etat* ». En d'autres termes, Necker voulait gagner du temps et sauvegarder sa popularité, sans rompre pour cela avec les deux premiers ordres, dont l'appui lui était absolument indispensable pour la construction de son futur édifice politique.

Quoi qu'il en soit de ces suppositions, les Nota-

* Necker, Œuvres, IX, 87.

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