‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 199 sur 298 · CHAPITRE CINQUIEME 4II · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME 4II

seil des ministres du 27 décembre. Mercy raconte comment il résulta pour lui d'un entretien avec M"'' Necker^ « la confidente du cœur de son époux » , que celui-ci était résolu à donner sa démission si le roi ne cédait pas, car, au cas où le Tiers eût été sacrifié, il ne voyait plus de possibilité d'échapper à la guerre civile ; si au contraire on remplissait ses vœux, il croyait possible d'assurer plus tard l'éclat et la situation des deux autres ordres'. Necker, au contraire, prétendit plus tard, d'une façon bien caractéristique, que cette disposition avait été nommée faussement « un doublement du Tiers », car, dit-il, «dans le troisième ordre étaient élus des nobles et des prêtres, tandis qu'aucun non-privilégié ne pouvait représenter un autre ordre que le sien ; d'ailleurs, il ne s'agissait pas tant pour le gouvernement du nombre des voix dans les Etats-Généraux que du nombre de celles de ses partisans dans la nation ^ ». Or, les plus fidèles et les plus sûrs de ces partisans étaient les curés, que Necker, de concert avecles Notables, avait appelés comme électeurs dans les assemblées du clergé et dont il voulait faire « les chargés d'affaires et les représentants du pauvre peuple ». Il était donc en droit de compter sur leur appui.

Sur ce point important, qui tient une si grande place dans l'histoire de la Révolution, les espérances de Necker devaient encore être déçues. Le clergé de paroisse, si longtemps mis à l'écart, exclu de tous

* Wertheimer, Documents inédits relatifs à Marie- Antoinette. Revue historique, 1884, II, 327.

2 Necker, Œuvres, IX, 64, 97 et 99.

les postes lucratifs, se refusa à abandonner ses intérêts aux hauts dignitaires ecclésiastiques, qui étaient restés si longtemps sourds à ses prières et à ses représentations. Les cent quatre-vingt sept curés qui, en juin 1780, se réunirent au Tiers, firent pencher la balance en sa faveur. Ce ne furent donc pas, comme Necker l'avait cru, les deux premiers ordres qui gagnèrent des partisans dans les rangs du Tiers, mais bien celui-ci qui attira à lui les éléments d' opposition ^ A ce faux calcul s'ajouta une autre et fatale erreur. Par les décisions du 27 décembre, Necker s'imaginait avoir posé les bases essentielles de la liberté constitutionnelle, tandis qu'au contraire la solution des questions les plus importantes restait réservée aux Etats-Généraux. Le doublement du Tiers aurait dû avoir pour conséquence, comme le remarque très justement M"^^ de Staël, la séparation de la représentation nationale en deux Chambres, et tous les écrits postérieurs de son père attestent que c'était là le but qu'il se proposait en accordant ce doublement. La décision du conseil des ministres du 27 décembre n'était que le premier pas dans cette voie. Le Tiers, en eilet, ne pouvait s'avouer satisfait de ce qu'on lui ofîrait, du moment où l'on votait par ordres, car dans ce cas la concession cessait d'en être une et l'organisation nouvelle le reléguait de nouveau en minorité. Pour arriver à la suprématie

^ Malouet, Mémoires, I, 279. — *Niebuhr, Histoire de Vépoque de la Révolution^ I, 170. — * Bernhardi, Histoire de hussie, \\, 173. — Taine, La Révolution^ I, 11. — Ghérest, La chute de l'aneien régime, II, 255.

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