‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 202 sur 298 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

son inébranlable honnêteté, elle le nomme « l'âme la plus pure qu'elle ait rencontrée » , un homme à qui il ne manquait, pour jouer un grand rôle dans le monde, que de mieux connaître les hommes et de compter moins sur le pouvoir de la vérité. « Dites à Malouetque je l'aime », écrivait-elle bien des années plus tard à Camille Jordan.

A côté de Malouetil est indispensable de nommer son ami iMounier, le député du Dauphiné et l'ami de Necker, des vues politiques duquel il se rapprochait davantage, parce qu'il voulait marcher plus résolument que Malouet dans la voie des idées constitutionnelles anglaises. On a remarqué plus d'une fois que les doctrines de la Révolution naissante se trouvèrent être, vingt-cinq années plus tard, les doctrines qui fermèrent l'ère révolutionnaire. Rien ne se rapproche autant de la Charte de 18J5 que les propositions de Mounier au commencement de 1789. Elles renouvelaient, en les modifiant, les résolutions du Dauphiné. Les Etats-Généraux devaient concourir eux-mêmes à la formation de deux Chambres ; seulement, la première n'aurait pas été une chambre de nobles, mais un sénat démembres nommés à vie en partie par le roi et en partie parles cercles électoraux. Après cette grande concession faite aux sympathies démocratiques du jour, Mounier voulait assurer au roi un pouvoir exécutif d'autant plus fort. Lui aussi avait ses illusions et devait bientôt le reconnaître ; mais la courte année de son activité politique n'en marque pas moins, dans l'histoire de la Révolution française, les espérances de laliberté. Il n'y a pas de plus grand

éloge pour lui, que M™" de Staël nomme « passionnément raisonnable», et dont elle admire l'inébranlable fc^rineté de caractère.

Sous l'influence de Mounier était le jeune Barnave, qu'elle signale comme celui de tous les grands orateurs de la Constituante dont le talent se prêtait le mieux à l'argumentation et aux débats dans le sens du parlementarisme anglais. Gomme Necker et Mounier, Barnave partait du principe de la monarchie modérée et de l'alliance de la royauté avec la liberté; les suggestions de l'ambition et le besoin de popularité r écartèrent plus tard de celte cause, à laquelle il revint et pour laquelle il devait tomber. Au même cercle appartenait Lally-Tollendal, un des intimes de la maison Necker, que M™^ de Staël a nommé « un ' grand citoyen, en qui vingt -sept ans de révolution ont développé chaque jour de nouvelles vertus, un admirable orateur, dont l'éloquence a défendu la cause de son père, de sa patrie et de son roi ». Si elle exagère quelque peu le mérite de cet ami de sa famille, que Talleyrand, moins enthousiaste, nommait « un bon jeune homme, un très bon jeune homme, et rien de plus' », et que Rivarol appelait en raillant « le plus gras des hommes sensibles », il n'en est pas moins vrai que Lally apporta aux monarchistes constitutionnels l'appui de sa parole souvent éloquente et quelquefois irrésistible.

C'étaient là les plus éminents des partisans de Necker. Leurs vues différaient sur des points impor-

* M™° d'Arblay, Diary and Letters, V, 410.

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