‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 203 sur 298 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

tants ; sur d'autres, leurs opinions étaient trop peu arrêtées, mais tous partageaient la conviction que le retour à l'ancien état de choses n'était plus possible et que les réformes devaient être exécutées à l'aide de la monarchie. Ils auraient formé le parti Necker si celui-ci avait reconnu la nécessité de gouverner avec un parti. L'irritation seule de ne pas trouver en lui le guide attendu et désiré transforma en adversaires personnels de Necker des hommes comme Rivarol ou Mallet du Pan. L'année qu'il n'utilisa pas touchait à sa fin, quand une dernière adjuration dans ce sens lui fut adressée par Mirabeau ; celui ci écrivait à Montmorin, le 28 décembre : « Moi, comme citoyen, je tremble pour l'autorité royale, plus que jamais nécessaire au moment où elle est sur le penchant de sa ruine... Cependant le ministère, qui s'est précipité dans ce défilé fatal pour s'être efforcé de recuculer les Etats -Généraux au lieu de s'y préparer, s'oc- CLipe-t-ii des moyens de n'avoir pointa craindre leur contrôle ou plutôt de rendre utile leur concours ? At-il un plan fixe et solide que les représentants de la nation n'aient plus qu'à sanctionner? Eh bien I le plan, je l'ai. 11 est lié à celui d'une constitution qui nous sauverait des complots de l'aristocratie, des excès de la démocratie et de l'anarchie profonde où l'autorité, pour avoir voulu être absolue, est plongée avec nous S).

L'immense force que le correspondant de Montmo-

* Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, I, 340-341.

rin sentait en lui pouvait seule expliquer son langage et sa certitude qu'il serait écouté.

Mirabeau avait alors quarante ans. Toute la France se racontait les erreurs de sa jeunesse, ses luttes terribles avec son père, sa femme, sa sœur, sa longue détention à Vincennes, d'où il rentra dans la société avec une énergie indomptée, mais en révolte ouverte contre toutes les forces qui l'avaient terrassé. Après quoi vinrent le séjour en Angleterre, la publication de divers pamphlets politiques, leur condamnation par le Parlement, un premier voyage en Allemagne, la rencontre avec le grand Frédéric. L'année 1785 amena les premières relations avec Galonné, les travaux sur les finances, qui se terminèrent en 4787 par l'attaque que l'on sait contre Necker et Galonné, parce que ce dernier avait permis la suppression des écrits politiques de Mirabeau.

Dans l'intervalle se place la mission à Berlin, confiée à ce dernier sur la proposition de Talleyrand, en vue, d'une part, de surveiller les derniers moments de Frédéric II, de l'autre, d'éloigner Mirabeau luimême de Paris. Ainsi prirent naissance le livre intitulé Delà Monarchie prussienne et la publication de la correspondance secrète"adressée à Vergenne, l'un et l'autre afin de se procurer l'argent dont il avait absolument besoin.

Rahel, l'épouse du célèbre publiciste allemand Varnhagen von Ense, a tracé, à l'occasion du second séjour de Mirabeau dans la capitale de la Prusse, un portrait du futur tribun tel qu'il s'était conservé dans ses souvenirs de jeune fille. « 11 portait », dit-elle,

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