CHAPITRE CINQUIÈME
le premier éclata à Paris le 28 avril, jour où la populace pilla la fabrique de papiers de Réveillon, qu'on soupçonnait d'avoir abaissé le taux des salaires ; selon toute vraisemblance, les émeutiers avaient été soudoyés par le duc d'Orléans K Le jardin du Palais- Royal, qui lui appartenait, était devenu un club où, chaque jour, des discours incendiaires échauflaient les têtes, sans que la police, en vertu d'un ancien privilège, eût le droit de s'y montrer.
Dès février, Necker avouait qu'on n'obéissait plus et qu'on n'était pas sur même des troupes. Jl répéta cela au roi quinze jours avant l'ouverture des Etats- Généraux et ajouta qu'il craignait que le monarque fût induit en erreur sur les dispositions de l'armée ^
C'est ce que M""® de Staël avait oublié quand, parlant dans ses Considérations de la confiance dont jouissait alors le gouvernement, elle affirme que, malgré la misère, l'ordre n'avait pas été troublé durant l'hiver de 1788-89. Une lettre d'elle, en date du 21 janvier 1789, exprime l'espoir de voir réussir l'œuvre de la constitution, en dépit de la dispersion des forces : « La France est au moment de donner un grand spectacle à l'Europe. Il me semble que de tels spectateurs devraient donner de l'émulaliDn ; mais ce qui est à craindre, c'est l'esprit de corps, l'esprit de telle ou telle province, enfin toutes les subdivisions qui donnent un autre centre que le centre coin-
* Taine, La Révolution, f, 13, 17-18, 40. — Jefferson, complète Works, 1, 100. — Droz, Histoire de Louis XVI, II, 169. « Malouet, Mémoires^ I, 287.
mun et diminuent la force de l'ensemble. Je me prends à vous parler d'objets qui passent ma portée, j'ai pensé à vous et non à moi ^ ».
Restait à fixer le lieu de réunion des Etats Généraux On a souvent opposé à Neck er la déclaration de ses écrits postérieurs, aux termes de laquelle, après avoir consciencieusement examiné sa conduite politique, il affirme ne se sentir coupable d'aucune faute ^ . 11 a cependant fait une exception : a Une erreur de ma part qui n'est point connue, écrit-il en i791, et dont, par cette raison, je me plais davantage à faire l'aveu, c'est que j'avais proposé au roi de convoquer les Etats-Généraux à Paris même, plutôt qu'à Versailles, et Sa Majesté s'y refusa pour de bonnes raisons ^ » .
Le monarque craignait le Palais-Royal et le soulèvement des rues, le ministre les cabales de Versailles plus encore que la prédominance de la capitale, contre laquelle, au témoignage de sa fille, il espérait réagir par les Assemblées provinciales *.
C'est ainsi qu'on offrit un asile aux députés sous le toit de Louis XVL Le Tiers seul dut attendre jusqu'au dernier moment qu'on lui assignât son lieu de réunion. On choisit la salle des Etats, qui était pour-
* Lettres inédites de iVf ""^ de Staël appartenant à la bibliothèque de l'Université d'Upsal. M™e de Staël à Nils de Rosenstein (précepteur de Gustave IV Wasa), Paris, 21 janvier 1789.
2 Necker, Œuvres, Vf, 88.
^ Même ouvrage, VI, 54.
* M™° de Staël, Considérations ^ XII, 88.