‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 217 sur 298 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

l'ombre ^ , tandis que les mesures pour le rétablissement de l'équilibre budgétaire étaient éni^mérées avec une exactitude si laborieuse^ qu'on y examinait la question de savoir s'il ne valait pas mieux vendre le tabac de régie en poudre -.

Cette manière de traiter la situation financière reposait, d'ailleurs, sur un dessein délibéré. Non seulement Necker continuait à croire sérieusement que la tranquillité, l'ordre et une économie consciencieuse permettraient de tirer l'Etat de ses embarras financiers ; il voulait empêcher avant tout, nous l'avons dit, que l'aveu d'une situation aussi pénible nuisît à la considération du roi devant les représentants delà nation. Ainsi s'expliquait le ton d'assurance avec lequel il parlait de la situation pécuniaire et son insistance à représenter la convocation des Etats-Généraux par le roi non comme un acte imposé par la nécessité, mais comme une libre concession de sa justice. « Il n'y a qu'une seule grande politique nationale )) , dit-il, « qu'un seul principe d'ordre, de force et de bonheur, et ce principe est la plus parfaite morale.... Touvrage chéri de l'Etre suprême )>. Cette œuvre, il espérait la ^oir réalisée par la concorde et la gratitude, par les sacrifices et la pureté des intentions, par le dévouement au bien public et tous les nobles sentiments auxquels il faisait appel. Enfin, après de longues phrases,, le ministre en arriva

* * Sybel, Histoire de V Europe pendant la Révolution française, I, 45-46. — * Leser, Second ministère de Necker,

2 Droz, Histoire de Louis XVI, II, 176, note.

au point principal, la grande question du vote par tête ou par ordres. La solution, il n'y avait aucun doute à cet égard, se trouvait dans la main du roi. C'était peine inutile de sauvegarder le prestige du monarque dans la question financière, si son autorité ne décidait pas le mode de constitution des ordres, auxquels on venait de rappeler, peu d'instants auparavant, qu'ils étaient redevables à sa seule volonté du fait de leur existence. Au lieu de cette solution fiévreusement attendue par son auditoire, le discours ministériel n'apportait que les vœux du gouvernement I Les ordres, disait Necker, devaient d'abord délibérer à part, pour laisser à la noblesse et au clergé le temps d'accomplir en pleine liberté le sacrifice de leurs privilèges pécuniaires ; cela fait, chaque ordre aurait à soumettre à des commissaires spéciaux les cas dans lesquels il lui faudrait voter soit en commun, soit séparément. Il assignait de bonnes raisons aux deux formes du vote, et termina en engageant l'assemblée à offrir au souverain, « comme tuteur de son peuple », de sages conseils pour la prospérité du royaume, et à ne pas vouloir rivaliser jalousement avec l'influence bienfaisante du temps K Quant aux sympathies personnelles du ministre, une seule chose peut-être les trahit: c'est lorsqu'il fit remarquer qu'il serait plus facile au monarque d'exercer sur une seule Assemblée que sur deux Chambres l'influence que l'on redoutait. Necker n'osa recommander que sous cette forme négative le sys-

* Lord Auckland, Correspondence, I, 320.

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