CHAPITRE SIXIEME
tèine à l'aide duquel il voulait gouverner \ Quand, vers la fin de la journée, la solennité approcha de son terme, le roi se leva et quitta la salle au milieu des acclamations. Au moment où la reine s'apprêtait à le suivre, une voix poussa un cri ému en sa faveur. Elle s'inclina profondément et reçut une ovation ^ La foule enthousiaste ramena la cour dans son palais. Necker^ de son côté, fut l'objet de nouveaux applaudissements. Le calme et la réflexion venus, on commença à juger l'œuvre du 5 mai. D'après Gouverneur Morris, u Bourbon avait, dans le premier acte du drame, accordé la liberté, puis, sans même le remarquer^ il avait en même temps abdiqué sa couronne ». Ce n'est pas le roi, mais son entourage, comme le dit énergiquement l'homme d'Etat amériricain, qui a senti « l'angoisse de la grandeur qui s'écroule », — the pang of greatness going off. « L'abandon fait par le roi de la vérification des pouvoirs fut, dit Malouet, le premier brandon de discorde jeté au milieu de nous ^ ». M""^ de Staël, elle aussi, reconnaît la portée de l'événement qui vient de se passer sous ses yeux, mais elle approuve son père d'avoir abandonné aux Etats-Généraux le soin de la constitution. Les incorrigibles du parti de la cour conclurent du discours de Necker que la convocation des Etats aurait pu être évitée, et il n'échappa pas aux députés du Tiers que le ministre avait, il est vrai, demandé leurs conseils, mais n'avait fait aucune
• Necker, Discours à l'ouverture des États-Généraux. - Jared Sparks, Life of Gouverneur Morris, I, 304-308. ^ Malouet, Mémoires, I, 295.
mention de leurs droits, en particulier de celui de consentir l'impôt. Sieyès nommait Necker « un mathématicien accompli, avec des idées et des vues poétiques * ». La justification que faisait valoir Necker, Niebulir la répète en sa faveur. On me reproche, disait un jour le ministre, de n'avoir donné aucun conseil au roi. C'est ce qu'on ne peut savoir ; si en effet il est possible d'avoir de TinteUigence pour un autre, il est impossible d'avoir du caractère pour lui. Alors comme plus tard il ne pouvait compter sérieusement sur l'appui du monarque ^ Dès le lendemain, la question de la vérification des pouvoirs amena la crise. La noblesse et le clergé paraissaient disposés à y procéder sans hésitation, quand le Tiers réclama cette vérification par les trois ordres réunis, à l'exemple de ce qui s'était passé en 1483, tandis que la noblesse s'appuyait sur le précédent de 1614.
L'inactivité calculée du Tiers n'avait d'autre but que la réunion des ordres ; les députés nobles du Dau phiné, puis le duc de Liancourt et La Fayette, cherchaient à décider leurs collègues en faveur de cette mesure, quoique La Fayette eût déclaré, pas plus tard qu'en avril, que le système des deux Chambres, introduit en Amérique, répondait à tous ses désirs K Sur le conseil du clergé, chaque ordre nomma des commissaires ; les pourparlers durèrent plus d'un mois et n'aboutirent à aucune entente. Tandis que
^ A. W. Schlegel, Jacques Necker. Les Contemporains, I, 1816-17, 37.
2 * Nicbuhr, Histoire de l'époque de la Révolution^ I, 421.
3 Morlimer-Ternau.x, Histoire de la Terreur^ I, 421.