‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 219 sur 298 · CHAPITRE SIXIEME 45 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME 45 I

l'on taxait d'orgueil coupable la résistance de la noblesse, la modération pacifique du clergé ne fut pas moins sévèrement jugée. Lally-Tollendal l'accusa d'attendre l'issue de la lutte pour se ranger du côté du vainqueur.

Un peu auparavant, à la fin de mai, se place la seconde tentative de rapprochement entre Mirabeau et Necker. Mirabeau, sans se laisser troubler par la haine et les accusations, était décidé à arriver, fût-ce au prix d'une Révolution ; mais il était tout aussi résolu à ne jamais devenir l'instrument passif de la démocratie. Le 18 mai il avait fait échouer le premier 'essai indirect de Sieyès; celui-ci, en effet, avait fait inciter par son ami Chapelier les deux premiers ordres à se réunir au Tiers. En cas de refus, le Tiers devait se constituer Assemblée nationale. Mirabeau voulait, lui aussi, la réunion des ordres, mais non la suprématie de l'un d'eux. Plus il apprenait à dém.êler et à mépriser les éléments qui s'agitaient autour de lui, plus l'attitude du gouvernement lui devenait insupportable. « Si M. Necker eût eu l'ombre du talent et <lcs intentions perverses », écrivait-il en mai, a il avait sous huit jours 60 miUions d'impôts, 150 d'emprunts, et le neuvième nous étions dissous. Si M. Necker avait l'ombre de caractère, il serait inébranlable, marcherait avec nous au lieu de déserternotre cause qui est la sienne, deviendrait cardinal de Richelieu sur la cour, et nous régénérerait * ». Ce que Necker ne fit pas, Mirabeau le fit. Il devint journaliste, atta-

1 Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, I, 350.

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quäle ministère, vit supprimer le premier numéro de sa feuille, Les Etats-Généraux^ se créa un second organe, les Lettres à ses Commettants, et par celuici un parti dans le pays tout entier, s'empara de la tribune, força d'abord l'attention, puis les applaudissements, et, le 27 mai, il était sur le point d'atteindre son but par une entente avec le clergé, quand, le 28, le roi proposa un arrangement. Dans des circulaires adressées aux Etats, il leur demanda d'examiner séparément leurs pouvoirs, de se communiquer réciproquement les résultats de ces examens, et, dans les cas douteux, de s'en remettre pour la solution au conseil des ministres.

Au moment où la circulaire royale devait être lue dans l'assemblée du Tiers, Malouet réclama l'évacuation des tribunes, ce qui le fit accuser de lâche perfidie par Volney. « Les députés », dit-il sans se douter combien il disait vrai, « doivent délibérer devant leurs maîtres » . ' Ces tribunes ainsi que les premiers clubs de la capitale, à commencer par le club Breton, qui devait devenir le club des Jacobins, en y ajoutant les cafés du Palais-Royal, s'essayaient déjà à l'art de gouverner et n'étaient plus disposés à se laisser troubler dans cet exercice. La noblesse répondit à la demande du roi avec des réserves qui permirent au Tiers de la décliner de son côté. Pour le clergé, il ne se prononça pas nettement ; mais depuis longtemps on le savait acquis dans sa majorité aux intérêts du Tiers. Les négociations, reprises de nouveau, échouèrent encore le 9 juin, et dès le lende-

1 Droz, Histoire de Louis XF/, II, 191-192.

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