CHAPITRE SIXIEME
(ires et des archives détruites; en pleine capitale, dans le Palais-Royal, le jeune Camille Desmoulins déchaînait tous les instincts brutaux de la foule par la perspective du pillage : « Quarante mille palais, hôtels, châteaux ; les deux cinquièmes des biens de la France à distribuer, seront le prix de la valeur. Ceux qui se prétendent nos conquérants seront conquis à leur tour. La nation sera purgée... ». Telles étaient les prédications du camarade de Robespierre, de l'auteur d'une ode où se lisent ces vers :
Necker descend de la montagne ; La raison seule l'accompagne ; En lui le peuple espère encor.
Lois saintes, lois à jamais stables!
Dans ses mains il tient les deux tables ! Il va renverser le veau d'or.
Necker n'osait avouer que non seulement le Tiers- Etat — les communes réunies à Versailles, — mais aussi le quatrième Etat — les paysans, — se trouvaient en révolte ouverte contre le gouvernement. Car l'opposition à la cour et parmi le clergé et la noblesse n'attendait qu'un signal de ce genre pour courir à une réaction dont la première victime aurait été le ministre lui-même. L'opinion était si excitée, que le marquis de Montesquiou put à peine se faire entendre quand il proposa, à la suite de La Luzerne, évêque de Langres, de répondre à la résolution du Tiers par la constitution d'une première Chambre composée de la noblesse et du clergé, et d'Espréménil dit tout haut que si le procureur gêné-
rai faisait son devoi)*, il ordonnerait de poursuivre les membres du Tiers commx coupables de haute trahison. Necker pouvait maintenant espérer faire accepter au roi une politique qui tenait le milieu entre les deux partis extremes, et empêcher à la fois le retour à l'ancien état de choses que méditaient ses adversaires grâce à l'écrasement du Tiers, et la destruction de tout gouvernement par l'acceptation sans condition de la déclaration du 17 juin.
Conformément à cette pensée, il proposa que le roi pût faire, en vertu de son plein pouvoir, ce que le Tiers venait de faire contre celui-ci : ordonner la réunion des ordres. La noblesse et le clergé ne délibéreraient séparément que sur leurs affaires particulières, la constitution reposerait sur le système des deux Chambres, le roi serait mis en possession d'un fort pouvoir exécutif, à commencer par le commandement suprême de la force armée; tous les décrets de TAssemblée devraient, pour obtenir force de loi, être soumis à sa sanction, et le public serait à l'avenir exclu des séances*.
Le roi, par contre, promettait de supprimer toutes les exemptions d'impôts, de reconnaître aux Etats le droit de consentir l'impôt et de participer à la législation, qui avait à s'occuper avant tout de l'amélioration des codes civil et criminel, de la liberté des personnes et de celle de la presse. Le roi devait manifester sa volonté aux Etats dans une séance solen-
* Bertrand de Molleville, Mémoires, appendice. — Barentin. Mémoire autographe j 182-183. — Necker,VDe la Révolution française, LX, 182-196.