CHAPITRE SIXIÈME
fait » ^ Neckerse contenta de dire qu'il n'avait pas voulu prendre sur lui les conséquences qu'aurait eues pour le monarque l'offre de sa démission avant la séance royale ; mais sa présence à cette séance lui -aurait coûté et le ministère et sa popularité. Lally- Tollendal est dans l'erreur quand il raconte que la femme et la fdie du ministre durent se jeter à ses pieds pour obtenir de lui qu'il ne se rendît pas à la séance ; Bailly savait déjà la veille qu'il n'irait pas -. Tandis que le monarque rentrait dans ses appartements au milieu des murmures et des invectives, M"^^ de Staël voyait la foule assiéger la demeure de son père et acclamer son nom. Il vint des députés de la noblesse, du clergé, du Tiers ; ils versèrent des larmes quand Necker les exhorta à la modération, et ils l'assurèrent de leur confiance en lui. Sur ces entrefaites, le roi le fit appeler ; la reine était présente. Elle avait entendu de ses appartements, pour la première fois, le déchaînement de la révolte, et, tout émue encore, promit de ne plus opposer de résistance aux plans du ministre. Louis XVI le pria instamment de rester, tout en lui refusant cependant le renvoi des collègues dont la résistance avait fait échouer ses plans. L'agitation à Versailles était si grande, que Necker crut devoir céder, bien qu'il ne se dissimulât pas quelle faute énorme il commettait ^
* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 103, dépêche du 25 juin. — Jefrerson,Comp/ö/(? -Works,!, 90.
- Necker, De la PiévoliUion française, IX, 215.
^ De l'administration de M. Necker , par lui-même, VI, 95, et De la Uévoluiion française, IX, 214.
11 tint bon, du moins sur la question de l'éloigné ment des troupes, pour cette raison qu'il savait combien leur fidélité était douteuse.
Le ministère des finances ■ — le Contrôle général, comme on le nommait — faisait partie des bâtiments du château de Versailles; le, ministre pouvait s'y rendre sans être vu de la foule rassemblée dans les cours, et M""^ de Staï4 constate expressément que rien ne paraissait plus dangereux à son père qu'un triomphe personnel aux dépens de l'autorité royale ^ Cependant il se montra au peuple, « pour le calmer ». La foule le reconduisit dans sa demeure avec des ovations enthousiastes, et le même jour vit le monarque insulté et son ministre idolâtré. 11 semblait à ÄP' de Staël que toutes ces voix qui répétaient le nom de son père étaient des voix d'amis auxquels l'unissait un même sentiment d'amour pour lui ; elle l'accueillit avec transports, en se disant que pour la seconde fois il avait rendu au monarque les rênes du gouvernement. -
L'illusion de Necker n'alla pas si loin. Ses amis lui faisant remarquer que la foule le nommait le sauveur de la France, il répondit qu'avant quinze jours peut-être cette même foule le lapiderait. ^ Mais il se rencontrait avec sa fille dans la croyance que le trône, quoique ébranlé, pouvait cependant être de nouveau affermi.
* M»« de Staël, Considérations, XII, 234. 2 M«»« de Staël, Considérations, XII, 23G. — Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 104, " De r administration de M. Necker^ par lui-même, VI, 96.