‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 230 sur 298 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

résignation ; si l'on devait périi-, il ne fallait pas du moins périr sans se défendre. On ne pouvait, à la cour de Versailles, se résoudre à renoncer tout à coup à un état de choses qui avait duré si longtemps. Au lieu de reconnaître qu'un enchaînement fatal de causes, de fautes et de responsabilités avait amené sa destruction, il paraissait plus utile d'imputer cette destruction à un seul homme, et de dire qu'une fois lui disparu, les résultats des six derniers mois disparaîtraient en même temps. JMercy, qui depuis tant d'années suivait jour par jour les événements, écrivait, plein d'inquiétudes, à la cour impériale de Vienne, qu'à Versailles on cherchait à peindre Necker aux yeux des souverains comme un personnage dangereux qui voulait mettre à prodt sa grande popularité pour devenir le « dictateur de la monarchie )> et tenir le roi très chrétien sous sa tutelle. « Les chefs de cette cabale étaient les princes de Condé et de Conti, Madame Adélaïde, qui avaient attiré à eux le comte d'Artois, et le faisaient l'intermédiaire de leurs insinuations calomnieuses auprès des souverains » . ^

Ainsi s'exprime Mercy, qui n'oublie pas d'ajouter que la générosité subite et la popularité du duc d'Orléans ne peuvent s'expliquer, étant donnée son avarice connue, que par le dessein secret de jouer, à la tête du Tiers, un rôle très défavorable au roi -. La situation de Paris justifiait ces appréhensions. Le 30 juin, la populace délivra de la prison de l'Abbaye

* Wertheimer; Documents inédits relatifs à Mcuie- Antoinette. Revue historique, II, 1884, 327.

■2 Wertheimer, Ibid. Mercy à Kaunitz, 4 juillet 1789.

onze soldats enfermés pour insubordination, sans que le poste de garde tentât de s'y opposer sérieusement. Ces événements eurent pour conséquence de faire renforcer la garnison, à laquelle on adjoignit des régiments en partie étrangers et par là même plus sûrs ; on les plaça sous le commandement du vieux maréchal de Broglie, dont le fds appartenait à la minorité libérale de la noblesse, tandis que le parti opposé remettait le soin de sa défense au père, le héros de la guerre de Sept ans.

Dans l'Assemblée, sous l'impression de la victoire, se faisait jour, pendant ce temps et pour la dernière fois, un esprit de conciliation. Le 27 juin, deux jours avant la réception de la lettre royale qui ordonnait à la noblesse et au clergé de se réunir au Tiers, Mirabeau avait prononcé un discours mémorable. ,11 redoutait de voir se changer en actes sanglants et irréparables le mécontentement du parti de la cour et l'exaltation du peuple ; aussi proposa- t-il pour cette raison, et dans un but d'apaisement, un manifeste à la nation, qui devait rappeler tout ce qui avait été accordé par le roi, même le 23 juin, et exprimer la confiance qu'une ferme modération permettrait d'achever l'œuvre commencée. La lettre du roi fit échouer ce plan, qui n'était pas la dernière tentative dans l'intérêt de la concorde. Le 9 juillet, Mounier présenta à l'Assemblée le premier rapport sur la constitution ; il y exprima avec force l'idée qu'il était bien moins important de faire de nouvelles lois que de s'assurer de l'exécution des lois existantes ; il recommanda de ne pas oublier que les Français n'étaient pas un peu-

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