‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 231 sur 298 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

pie nouvellement sorti des forêts, mais une nation de vingt-cinq millions d'hommes qui cherchaient à affirmer leur situation intérieure, sans vouloir pourtant ébranler les bases de la monarchie à laquelle ils avaient juré une fidélité inviolable. La lutte, concluait Mounier, n'est dirigée que contre l'arbitraire et l'illégalité/

Mais ce qui manquait, maintenant comme dès le premier jour, c'était l'effort combiné avec le ministre dirigeant. Mounier confirme que lui aussi ne le voyait jamais et qu'il ne pouvait agir que d'après des suppositions ^ (( Il y eut des secrets et des arrière-secrets, )) dit Necker, « et je crois que le roi lui-même n'était pas de tous ^ )>. M™^ de Staël rapporte que personne n'avait informé officiellement son père du vrai motif de la concentration äes troupes, mais qu'il lui était venu constamment du dehors des avis et des communications qui ne pouvaient lui laisser aucun doute sur ce qui se préparait. Il savait aussi qu'il était question de l'envoyer à la Bastille, mais il était resté à son poste, comme une sentinelle avancée qui cherche à tromper l'assaillant sur les mouvements de J' ennemi ; chaque jour, en quittant le roi^ il était rentré chez lui avec la conviction d'y trouver l'ordre de son arrestation *. Une nouvelle fois il offrit sa démission, si sesser-

1 Larcy, Louis XVI et les États-Généraux. Correspondant, mai 1868. — Lavergne, Les monarchiens de la Constituante. Revue des Deux Mondes, 1842.

- Mounier, Recherches sur les causes qui ont empêché les Français de devenir libres, I, 240.

3 Necker, De la Révolution française^ IX, 225.

* M-^e de Staël, Considérations, XII, 236-239.

vices n'étaient plus agréables, en ajoutant qu'en ce cas il quitterait immédiatement la France et le plus secrètement possible. (( Je vous prends au mot » , lui dit le roi, « mais restez ' ». En attendant, le 7 juin, le cbifïïe des troupes commandées par de Droglie s'élevait au nombre de trente mille hommes ; on en attendait encore quinze mille. Personne ne doutait plus qu'un coup d'Etat se préparât, excepté le roi lui-même, qui se refusait à toutes les mesures de violence. A ce moment naquit l'idée d'adjoindre au monarque incapable le duc d'Orléans comme lieutenant général du royaume. Mirabeau qui, malgré les démentis donnés plus tard par ses amis, acceptait ce projet jusqu'à un certain degré, ne l'envisageait pas comme un complot, mais comme une éventualité que les circonstances pouvaient commander ; il l'agita avec des hommes d'opinion tout à fait opposée, avec les royalistes Bargasse et Mounier comme avec Target et Robespierre ^ Necker n'était plus à ses yeux a qu'un pygmée», et il ne voulait plus l'introduire désormais dans ses projets.

Mais il fallait empêcher une réaction féodale. Le 8 jdillet, Mirabeau paila sur un ton de grandeur qui ne manquait pas de modération. Sou discours fit le fond de l'adresse présentée au roi, le 11, par vingt-quatre membres de l'Assemblée, en vue du retrait des troupes. Louis XVI répondit qu'il était responsable de la tranquillité publique, que celle-ci exigeait des mesures de précaution extraordinaires, et que lui-même

^ Laboulaye, Revue des cours littéraires, juin 1869, 459. 2 Droz, Histoire de Louis AT/, II, 284-286.

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