‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 232 sur 298 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

réclamait la confiance. Si l'Assemblée était inquiète, elle pouvait, avec son assentiment, se retirer à Noyon ou à Soissons ; en ce cas, il se rendrait à Compiègne, c'est-à-dire au milieu du camp.

Le comte de Grillon apaisa les mécontents parmi ses collègues en disant que la parole de Louis XVI était celle d'un honnête homme ; mais Mirabeau mit €n garde contre la politique de sentiment et insista vainement pour qu'on redemandât l'éloignement des troupes. Sur ces entrefaites, à trois heures de l'aprèsmidi, le ministre de la marine, La Luzerne, remit à Necker un billet du roi qui lui rappelait sa promesse de quitter le pays en cas de nécessité et lui demandait de le faire vite et en secret. Le ministre congédié resta si bien maître de lui, que ses invités de ce jour-là, parmi lesquels étaient son frère, son cousin îluber, l'archevêque de Bordeaux, M. de Cicé, et M""^ de Staël elle-même, ne soupçonnèrent rien de ce qui s'était passé ; on remarqua seulement qu'il serrait parfois tendrement la main de sa fille \ Après le dîner, il proposa à sa femme, qui seule était au courant de la chose, de prendre l'air, et monta avec elle en voiture, comme s'il s'agissait d'une promenade ordinaire. Au bout de quelques centaines de pas, à cinq heures et demie, il fit diriger la voiture vers la première poste et dem.anda alors à ses serviteurs s'ils étaient prêts à l'accompagner hors de France. 11 s'achemina d'une traite jusqu'à Bruxelles, sans que M™^ Necker lui permît d'avoir égard à l'état de fai-

Lord Auckland, CorrespondencCy I, 331,

blesse où elle se trouvait. * Son successeur Breteuil, craignant que Necker provoquât en sa laveur un soulèvement à Paris, conseilla au roi de le faire arrêter ; mais celui-ci s'y opposa. Cette crainte n'était pas moins chimérique que le coup d'Etat lui-même, dont on n'a jamais éclairci complètement l'objet réel. 11 suffisait qu'on crût partout qu'on avait résolu d'affamer Paris, d'emprisonner un certain nombre de députi'S, de dissoudre l'Assemblée et de revenir à l'ancien système. -

iùi dépit de tous les avertissements, Necker n'était pas préparé à cette tournure des choses : « Je croyais »» dit-il, « être nécessaire à la circonstance, et en situation encore de rendre des services à la chose publique» . ^ Par contre, le pénétrant Morris n'avait pas manqué d'observer que depuis longtemps déjà la popularité de Necker ne tenait plus à ses services, mais reposait principalement sur l'opposition du parti de la cour, de telle sorte que « la tentative faite pour le renverser empêchait seule sa chute » . * Quand on apprit à Paris que cette tentative avait réussi, l'enthousiasme pour lui redoubla à un point extraordinaire. On porta des cocardes vertes, parce que c'était la couleur de sa livrée et parce que Camille Desmoulins, au Palais-Royal, s'était attaché

1 Necker, De la Révolution française, I, 226, et De Vaiminisiration de M. Necker ^ par lui-même, VI, 97.

2 Jared Sparks, Gouverneur Morris, II, 78.

^ De V administration de M. Necker, par lui-même, VI, * Jared Sparks, Gouverneur Morris, II, 71.

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