‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 234 sur 298 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

rhonneur de Necker, par Lally Tollendal, qu'avait député l'Assemblée, la fin du ministère Breteuil au bout de trois jours d'existence, l'échec des plans en faveur du duc d'Orléans par suite de l'apparition du roi dans la capitale et à l'Hôtel de Ville pour reconnaître les faits accomplis et faire « une amende honorable comme jamais souverain n'en avait faite, comme jamais peuple n'en avait reçue ». ^ Mirabeau, en apprenant cette démarche du roi, avait dit : « Celui qui la lui a conseillée est un audacieux mortel ; sans ' cette démarche, Paris était perdu pour lui. Deux ou trois jours encore, et il ne lui était plus possible d'y revenir ».

Non moins extraordinaires que les nouvelles ellesmêmes étaient les messagers qui les apportaient. Le soir du 15 juillet, la première émigration, celle du comte d'Artois, de ses amis Breteuil et Montesson, des duchesses de Polignac, de Guiche, du comte de Vaudreuil, de l'abbé de Vermond, tous confidents de la reine, avait commencé. L'informatrice de Necker était la duchesse de Polignac elle-même qui le pria de venir la trouver à son hôtel à Bàle ; et elle qui avait contribué à sa chute, lui décrivit les événements qui en avaient été les suites et dont elle était maintenant la victime. M""^ de Staël raconte que son père, qui n'a,vait jamais cru à la possibilité de proscriptions, eut besoin de quelque temps pour saisir l'enchaînement de circonstances qui le mettaient face à face avec la duchesse. Puis leurs routeä se

* Jefferson, Complète Works, I, 101-102. — Dumont, Souvenirs sur Mirabeau, 114.

séparèrent pour ne plus jamais se croiser. L'amie de la reine se lendit dans la patrie de celle-ci, à Vienne, où l'épouvante que lui causa la fin de la malheureuse princesse termina prématurément ses jours. Quanta Necker, il se décida « à retourner à une cour dont il avait éprouvé les caprices, à retrouver un Trésor vide et un peuple dont la faveur n'était peut-être pas moins épuisée » . De Bâle même, le 24 juillet, il écrivait à son frère Necker de Germanie qu'il lui semblait qu'un abîme l'appelait *. Sa femme essaya en vain de le retenir. Sa fille ne dit pas dans quel sens s'exerça sa propre influence ; mais selon les apparences et conformément à sa nature, il est probable qu'elle se prononça pour le retour.

A ce court séjour en Suisse se rattache le souvenir d'une rencontre avec Lavater. Celui-ci passait l'été de 1789 à Bâle chez son ami Sarrasin. 11 fit la connaissance de Necker et parle dans ses lettres des « traits doux et célestes » de sa physionomie originale. Il ne mentionne sa « spirituelle fille » que pour constater qu'elle s'est entretenue avec lui sur Fart de laphysiognomonie. ^

Le voyage de M""" de Staël de Bâle à Paris, auy côtés de son père, ressembla à un triomphe ; elle en savoura toute la jouissance. Des foules enthousiastes accueillaient Necker dans les villes ; sur les routes, les femmes s'agenouillaient en voyant venir sa voi-

» Necker, De la Révolution française^ IX, 237-240. — M"'" de Staël, Du caractère de M. Necker et de sa vie privée.

* * Gessner, Vie de Lavater, III, 123. — * Lavater, fiepons^s à des questions et à des lettres^ Berlin, 1790, 16-23.

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