CHAPITRE SIXIEME
Une très curieuse lettre d'elle au roi Gustave, en date du 16 août 1789, donne l'impression immédiate de la maison Necke'r aussi bien sur les événements accomplis que sur le prochain avenir. Nous la reproduisons ici avec sa ponctuation et son orthographe originales quelque peu étranges, la première surtout.
(c Votre Majesté daignera-t-elle reconnaître les hommages d'une personne que tant d' événements malheureux, glorieux, incroyables, ont agitée depuis si longtemps. Je me demande si mille ans se sont écoulés depuis un mois, depuis quinze jours et si je ne retrouvais pas et Gustave et sa gloire, je croirais vivre dans un autre monde. Votre Majesté aura été instruite de tous les événements, mais je doute encore dujugement qu'elle en aura porté, je l'adopterais, je m'y soumettrais, si elle en avait été le témoin, mais qui peut appercevoir de loin les petites causes de ces grands effets, qui n'est pas tenté d'expliquer par des raisons imposantes des événements si terribles cependant moi qui les ai tous suivis, moi qui voyais ce que j'aide plus cher au inonde au gouvernail pendant la tempête il m'est démontré qu une intrigue de cour, qui soutenait les prétentions exagérées (le la noblesse, qui voyait tout le royaume dans Versailles et pensait qu'on détruisait la force du peuple en renversant dans M. Necker son plus fidèle défenseur, une intrigue, dis-je, menée par
1 M"ïe de Staël, Considérations, XII, 258, et Du caractère de M. P>lecke?\
M. le comte d'Artois a tout fait, ou a lié dans l'esprit du roi sa cause avec celle de la noblesse, vainement l'exemple récent de la Suède ou votre majesté n'avait trouvé d'ob^acle que dans ce premier ordre de son royaume, vainement mon père dans son conseil ne cessait de répéter que derrière les six cents représentants des communes, l'on devait voir des millions d'hommes prêts à s'armer, l'on traitait avec hauteur ce qu'il fallait considérer avec sagesse, et le départ de mon père, le rassemblement des troupes la nomination d'un ministère odieux donnèrent un signal terrible d'un bout du royaume à l'autre, jene crois pas à cette conspiration dont on nous entretient sans cesse à ce bombardement de Paris, à cet emprisonnement de tous les députés à ces discours aussi absurdes qu'atroces, mais je crois bien qu'on s'est flatté de disperser les états-généraux de rendre au roi toute son autorité, et qu'on a cru que mon père, en répétant sans cesse que le roi n'en avait pas la puissance dans ce moment, le trompait sur sa véritable force. Dès que l'e.xil de mon père a été su tout le royaume s'est armé, alors je le crois alors des étrangers peut-être même des français, excités par des projets coupables, ont profité de ces troubles les ont fomentés, les perpétuent, mais sans les fautes du gouvernement, sans le renvoi de mon père, jamais ils n'y auraient réussi, on fait naître une cabale, une insurrection partielle avec des mensonges et de l'orgueil, mais jamais un royaume entier ne se soulève sans de véritables raisons, sans des raisons frappantes pour tout le monde, en quinzejours de temps,