CHAPITRE SIXIEME
qu'il avait demandé à genoux à la municipalité parisienne la vie deBesenval, il conjura delam.ême façon les représentants de la nation de sauver l'Etat. ^ Le troisième ministère Necker n'a plus dans l'histoire de la Révolution française qu'une importance passive ; Je court triomphe de l'Hôtel de Ville ne dura pas jusqu'au soir de ce jour, qui, avant de finir, vit le triomphe de Mirabeau.
Peu de temps après le 14 Juillet, celui-ci avait fait offrir par son ami de La Marck ses services à la reine ; on lui avait répondu que le roi, il fallait l'espérer, ne serait jamais assez malheureux pour avoir besoin de recourir à lui. ^La passion alors l'emporta : puisqu'il ne pouvait gouverner avec les puissances du jour, il se tournerait contre elles. Sa première pensée avait été de se faire nommer maire de Paris à la place de Bailly. ^ En apprenant la mise en liberté de Besen val, il courut dans la capitale et y seule va l'opinion publique contre les décisions de la municipalité. L'Assemblée nationale, déjà terrorisée, déclara en conséquence que Besenval ne devait pas être soustrait à la loi. L'organe de Mirabeau {Lettres à mes Commettants) disait ouvertement que le peuple avait fait justice, que la mesure était comble; le châtiment d'un visir, ajoutait-il, pourrait servir d'utile exemple à tous les autres. Mirabeau lui-même
* Necker, Troisième ministère^ VII, 13, et De la Révolution française^ IX, 240.
2 Droz, Histoire de Louis XVI, II, 368.
^ Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, I, 99.
dit à la tribune, en parlant des meurtres du 22 juillet, qu'il ne fallait pas se laisser toucher par le sort des individus ; qu'à ce prix seul on était vraiment un citoyen. *
Le salut de Besenval resta l'unique résultat de cette journée que Necker avait espéré devoir être la première de la paix reconquise, et qui fut la der« nière de sa popularité ^
Le genre d'influence que^ pendant sa courte absence de Paris, les événements des dernières semaines avaient exercée sur les sentiments de ses amis, fut décisif sur la future attitude politique de M"^^ de Staël.
Lally-Tollendal fut le premier d'entre eux qui, le 20 juillet, projeta d'arrêter l'anarchie à l'aide d'une proclamation aux Français. Le 27, Mounier présenta à l'Assemblée le projet du comité de la constitution, qui visait à l'établissement de la monarchie modérée, avec le système des deux Chambres pour base. Malouet d'abord, puis Grillon, évêque de Chartres, le jeune Mathieu de Montmorency, Toulongeon, gentilhomme libéral étroitement uni à La Fayette, qui écrivit plus tard une histoire impartiale de la Révolution que M"^® de Staël a souvent citée, ^ tous partageaient avec Lally la conviction que l'Assemblée nationale restait responsable des crimes qu'elle ne savait pas châtier. Mais des hommes nouveaux, comme Buzot, le futur Girondin, et Maximilien Robespierre,
* Droz, Histoire de Louis XVI, II, 369. — Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Mardi y I, 94-95.
* Ferrières, Mémoires, I, 178.
3 M"»« de Staël, Considérations, XIII, 102.