CHAPITRE SIXIEME
dont le nom fut mentionné pour la première fois en cette occasion, pensaient autrement. Ils parlèrent des complots ourdis contre le peuple, non de ses sauvages excès, qualifièrent d'héroïques les Parisiens a qui avaient fait usage du droit de nature » , et réussirent à faire échouer à peu près la tentative en question. Il s'agissait avant tout d'entretenir la panique. Mirabeau et Bailly indiquent le chiffre des sommes qui furent payées aux émeutiers de la capitale. *
L'éloquence déployée par Lally et ses amis pour obtenir le châtiment des meurtriers fut stérile devant l'attitude ambiguë du député de la Provence. La proclamation projetée devint une exhortation banale à la paix et à la concorde, et il ne resta de co long débat que le souvenir inefl'açable du triste mot de Barnave après le meurtre de Foulon : « Le sang versé était-il donc si pur? ».
Tandis que les amis de M"'' de Staël sentaient déjà le sol manquer sous leurs pieds, l'un d'eux se trouva porté au pinacle par ces mêmes événements.
Depuis le 15 juillet, La Fayette était commandant de la garde civique, baptisée désormais du nom de garde nationale.
Selon le baron de Staël, cette institution, dont la première idée appartient à Sieyès, dut son existence à Necker. A l'époque où il suppliait le roi de faire retirer les troupes du duc de Broglie, il lui recommanda la formation dune garde nationale comme le
* * Sybel, Histoire de VEurope 'pendant la Révolution française, I, 65, note. — Droz, Histoire de Louis AT/, II, p. 357 et suivantes.
moyen le plus propre à rétablir Tordre, à condition seulement que les officiers fussent nommés par le monarque. ^
Après le 14 Juillet, ce fut le parlementaire Duport, depuis longtemps gagné à toutes les doctrines révolutionnaires, qui, avec une habileté et une énergie vraiment étonnantes, organisa dans toute la France l'armement du peuple ; « en moins de quinze jours, deux millions de gardes nationaux furent sur pied en France ; le sentiment unanime qui fit sortir le peuple de tutelle ne fut inspiré par aucune adresse^ ni dirigé par aucun homme ; l'ascendant des corps privilégies et la force des troupes réglées disparurent en un instant. La nation remplaça tout... et il lui sulfit de se montrer pour remporter la victoire » ^
Si l'idée de la garde nationale ne saurait donc être revendiquée par La Fayette, il a d'autres services à son actif. C'est bien lui qui inventa le drapeau tricolore, qu'il composa des couleurs de la ville de Paris, auxquelles il ajouta le blanc royal % et duquel il prédit qu'il ferait le tour du monde. Il se laissa difficilement persuader par Necker que le moment de prendre l'initiative et de se mettre à la tête du mouvement révolutionnaire en Hollande et en Irlande n'était pas encore venu. On doit de plus à La Fayette
* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomalique du baron de Staël, 121.
^ Necker, De la Révolution française, 377. — M™« de Staël, Considérations, XII, 325.
3 La Fayette, Mémoires, II, 267, note, II, 82. — * Sybel, Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, I, 71.