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CHAPITRE SIXIEME

Doy

peuple. La Fayette ne céda à personne l'honneur de riniiiative de la proclamation des Droits de l'Homme, qu'il songeait à offrir non seulement à ses compatriotes, mais à l'humanité. « Nous voulons, dit son ami Duport, une déclaration des droits pour tous les hommes, tous les temps, tous les pays, qui serve de modèle à l'humanité entière ». A cette occasion, Mallet du Pan crut devoir rappeler que le précepte de l'amour du prochain avait été donné dans l'Evangile, et le sévère Gneisenau, invoquant la modération, lui demanda d'enthousiasmer le genre humain pour son devoir d'abord, puis pour son droit, tandis que Talleyrand lui-même paya cette fois son tribut à la phrase et nomma les Droits de 1 Homme la « loi du législateur ^ » .

La définition des droits du citoyen américain, appuyée sur l'ordre existant, ne suffisait pas, on le devine^ à de telles prétentions. Tandis que là, comme en Angleterre, il s'agissait de défendre des libertés dont les origines se confondaient avec l'histoire nationale, on se perdit en France dans des définitions vaines et l'on aurait cru s'abaisser si, en travaillant à organiser l'avenir, on avait tenu compte des enseignements du passé. D'après les doctrines anglosaxonnes, le mandat du gouvernement devait être restreint ; d'après le commentaire français de ces mêmes doctrines, il fallait combattre tout gouvernement comme une puissance ennemie et usurpatrice, et cela jusqu'à la destruction de toute autorité légale.

Lanfrey, Essai sur la Révolution française, 159.

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L'amour de la théorie était un trait si caractéristique du temps, que pas moins de trente projets suivirent celui (le La Fayette '. Deux d'entre eux abandonnent les sentiers battus. La déclaration de Sieyès, basée sur des abstractions métaphysiques, distingue entre les droits civils, auxquels tous ont les mêmes titres, et les droits politiques, qui sont en même temps des devoirs et ne doivent être exercés que par ceux qui contribuent aux charges de la collectivité. Grégoire, d'autre part, demandait qu'à côté des droits du citoyen on inscrivît une définition de ses devoirs. Mais ces deux projets furent écartés, et pendant des semaines l'Assemblée ressembla à une Académie débattant des problèmes philosophiques. Dumont, qui assistait aux séances, mentionne ces discussions « comme un temps d'ennui mortel ; vaines disputes de mots, fatras métaphysique, bavardage assommant, l'Assemblée s'était convertie en école de Sorbonne, et tous les apprentis de législation faisaient leur essai sur ces puérilités ^). M"" de Staël aussi parle comme témoin oculaire quand elle dit que, dans le vaste champ ouvert à la déclaration des droits français, il y avait ce bien de l'espace pour des sophismes», et que peutêtre il aurait mieux valu s'en tenir à « ce qui, d'une part, n'est pas contestable, et de l'autre ne saurait être susceptible d'aucune interprétation dangereuse » . « Quand la déclaration des Droits de l'Homme, ajoutet-elle, parut dans l'Assemblée constituante, au milieu

* Laboulaye, Revue des cours liltéraires, 1869, 567.

* Lanzac de Laborie, Jean-Joseph Mounier^ 133. — Dumont, Souvenirs y -138.

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