CHAPITRE SIXIÈME 5l
nait toujours d'en haut, ce qui, il y avait trois mois, semblait un rêve irréalisal)le aux plus hardis, l'énorme concession faite à la démocratie par le projet de Meunier, — en partie contre son dessein, par suite de l'exclusion du roi de toute initiative législative et de l'exclusion des députés de toutes fonctions ministérielles, — cela même ne suffisait plus. Mallet du Pan ayant pris fait et cause, dans \q Mercure, pour le projet et exprimé l'intention d'y revenir, quatre hommes armés de pistolets se présentèrent chez lui et lui déclarèrent, au nom des patriotes du Palais-Royal, qu'au cas où il tiendrait sa promesse, c'en était fait de sa vie. Des listes de proscription circulèrent à Paris contre les « traîtres » , ainsi que les représentants de la souveraineté populaire qualifiaient les partisfins de la monarchie modérée. Les monarchistes constitutionnels de l'Assemblée reçurent des lettres les menaçant de la perte de leur mandat, puis de poursuites judiciaires. Des écrits anonymes avisèrent les partisans du veto, entre autres le président de l'Assemblée, l'évêque de Langres, qu'on ne tarderait pas à « les mieux éclairer » en incendiant leurs demeures et leurs châteaux. Le club breton, Barnave, Alexandre de Lameth, La Fayette, se déclarèrent également contre les théories de Mounier et de ses amis. On invita celui-ci à des conférences qui se tenaient en partie chez Jefferson et où l'on discutait, dit celui-ci, « à la façon de Platon, de Xénophon et de Cicéron ». « Par amour de la paix »^ et, comme il ajoute aussitôt, « afin que l'aristocratie ne pût réaliser ses projets », La Fayette se déclara prêt à un I 33 .
compromis, à la condition qu'au veto absolu on substituerait wnveto simplement suspensif, imaginé par Bar n ave et Pétion, auquel le roi pourrait recourir pendant deux ou trois législatures successives ; en revanche, il n'avait rien à objecter à la formation d'un conseil des anciens élu par le peuple. *
L'ultimatum adressé à Mounier par Adrien Duport au nom de ses amis était d'une autre nature. On affirmait à Paris que ce qu'il pensait, ßarnave le disait et Lameth le faisait. Or, Adrien Duport s'obligeait à voter avec ses partisans pour le veto abso'u et la dualité de la représentation, si Mounier, de son côté, voulait promettre de ne pas accorder au roi le droit de dissolution, de ne donner au Sénat qu'un veto suspensif, et de reconnaître à la nation le droit de reviser la constitution. Mounier repoussa la proposition. D'après lui, on avait atteint l'extrême limite des concessions; céder davantage, c'eût été fortifier le despotisme de l'Assemblée et amener la ruine de la liberté. Il pouvait encore espérer que la majorité de la Constituante lui donnerait raison. Elle avait voté, le 8 septembre, la permanence du corps législatif. Cependant, deux jours après, quand on agita la question d'une Chambre unique ou de deux Chambres, il manquait quatre cent quatre-vingt-dix députés sur douze cents. Cent vingt-deux se déclarèrent encore trop peu fixés sur la question pour avoir une opinion ; quatre-vingt-neuf eurent le courage de voter pour le partage de la représentation nationale. Le reste des
* Jefferson, Complète Works, I, 105. — La Fayette, Mémoires, m, 203.