CHAPITRE SIXIÈME 5l
monarchistes constitutionnels couvrit sa défection sous l'assertion en forme d'oracle et d'autant plus efficace de Rabaud Saint -Etienne : de même que la nation, la représentation doit être une et indivisible. Quant à la droite monarchique, qui pouvait encore faire pencher la balance, elle suivit pour la première fois la tactique fatale «d'opérer de concert avec l'ennemi pour amener la crise par l'exagération de tous les principes que l'on voulait détruire »> . Le système des deux Chambres, pensait un des chefs delà droite, l'abbé Maury, pourrait permettre à la Constitution de durer, et c'est à quoi il fallait s'opposer à tout prix. Les passions égalitaires de la gauche l'empêchèrent d'entendre l'avertissement à son adresse que contenaient ces mots, et ces passions ne répondaient que trop complètement aux rancunes de l'aristocratie. * Dans l'isolement qu'une tactique manquée avait créé autour de lui, Necker pouvait mesurer la défaite de sa politique et les vains efforts des défenseurs de celle-ci. Saus doute, les hommes de conviction tels que Malouet, ßergasse ou Virieu, restaient jusqu'à la fin du côté de Mounier. Mais d'autres parlaient comme ce membre de la droite, qui disait à Lally- Tollendal : « Devons-nous peut-être laisser massacrer nos femmes et nos enfants? w, et sous l'influence des invectives de Camille Desmoulins, de Loustalot et de Marat, ils se laissaient déterminer par la crainte, et non plus par la conviction. D'autres encore étaient attirés par l'ambition ou par le désir de servir de
* M«»» de Staël, Comidérations. XII, 300. — Ferrières, Uémoiresy II, 122. — Lanzac de Laborie, Jean- Joseph Mounier, 168.
bl6 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
médiateurs entre les partis. Barnave s'était depuis longtemps séparé de Mounier, et le jeune Matthieu de Montmorency suivait La Fayette. La masse de ceux qui, dans toute assemblée, cèdent à une impulsion ou à un succès, aurait pu encore être gagnée, quand le conseil donné au roi par Necker de sacrifier le veto absolu donna le coup décisif. 11 écrivit plus tard à ce sujet, pour sa justification, que considérant le veto absolu comme perdu, il avait voulu sauver au moins le veto suspensif. Mais pas un seul des motifs allégués par lui en faveur de celui-ci n'a résisté à l'examen. Quoi qu'il en soit, la dernière occasion de tomber avec honneur fui perdue pour le ministre. Il songeait à porter à la connaissance des députés le mémoire au roi où il développait son point de vue ; mais ceux-ci refusèrent de lui accorder la parole, et ainsi se vengea encore une fois le manque d'entente entre le ministre et les députés. Quand le lendemain, 11 septembre, le vote eut lieu, le veto absolu n'obtint que trois cent vingt-six voix, et le veto suspensif fut accepté par six cent soixantetreize. La veille, Mirabeau avait repoussé le sénat ; cette fois il vota avec la minorité. Comme le 16 juin, quand il avait voulu empêcher l'Assemblée de se déclarer Assemblée nationale, il protesta contre l'intention de vouloir transformer le souverain en premier employé d'une république, au lieu de recourir à lui comme au vrai représentant et au défenseur de la nation contre les empiétements d'une Assemblée dont l'usurpation pouvait dépasser à chaque instant celle d'une aristocratie à peine détruite. Ayant