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CHAPITRE SIXIEME 5l

échoué, il prophétisa l'anarchie, et, à sa suite, le despotisme ^ Sieyès, de son côté, qualifiait tout veto de <( lettre de cachet » contre la nation, qu'il voulait, par une nouvelle transformation artificielle du pouvoir législatif, mettre à l'abri de ses propres dangers. On ne tint aucun compte alors de ce projet ; mais il fut réalisé dans la Constitution de l'an VI fl. Mounier qui, pendant le vote, avait couru de banc en banc pour enflammer le courage des siens, et qui, opposant une défense désespérée au coup porté en plein cœur par Necker à son parti, tentait de repousser comme illégale toute intervention du roi dans les délibérations d'une Assemblée constituante, regarda la défaite comme définitive ; elle l'était en réalité. Le même jour, avec Lally-Tollendal, Bergasse et Clermont- Tonnerre, il se retira du Comité de la Constitution. Lally rappela à l'Assemblée que le temps était venu de soulever tous les voiles et de se ranger autour du trône menacé. M"" de Staël a peint la situation dans ces mots énergiques : « L'Assemblée a considéré le pouvoir exécutif comme un ennemi de la liberté, au lieu de s'en faire une sauvegarde. Elle a combiné une constitution comme on combinerait un plan d'attaque. Tout est venu de cette faute ^ ».

La logique des choses, qui n'éi)ajgne guère Jes humiliations aux vaincus, suivit son cours. Ce fut Barnave qui poussa l'Assemblée à n'accorder le veto au souverain qu'après l'acceptation par lui

* Mirabeau, Courrier de Provence. Nouveau coup d'oeil sur la sanction royale, septembre 1789. » M'°« de Staël, Considérations, XII, 310 311.

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des décrets du 4 Août. Ceux-ci consentis, Necker communiqua, le 24 septembre, la nouvelle effrayante que les tentatives d'emprunt avaient échoué l'une après l'autre, parce que les créanciers du gouvernement français, insensibles aux talents oratoires des députés, réclamaient des garanties que le ministre ne pouvait plus offrir, et parce que la direction de la machine gouvernementale avait passé de plus en plus aux mains de l'Assemblée, sans l'assentiment de laquelle rien désormais ne pouvait plus se faire ; ^ en sorte que, selon le témoignage non suspect de Barère, la France était gouvernée « à coups de décrets » par une Assemblée à la fois délibérante et administrative, pleine de défiance à l'égard du ministère, et dont il croyait ne pouvoir mieux définir l'ingérence écrivassière d'ins toutes les parties de l'administration, qu'en la nommant iin « gouvernement plumitif^ ». Dans cette extrémité, Necker proposa de mettre patriotiquement un quart du revenu à la disposition du Trésor, car le crédit était épuisé et le roi voulait que toute la vérité fût connue \ Les députés hésitaient devant l'alternative de la banqueroute et la nécessité d'imposer soudainement un tel sacrifice au peuple, auquel ils avaient promis si souvent et si solennellement la diminution de ses charges. Alors Mirabeau se leva, et, dans un de ses discours les plus mémorables et les plus achevés, recommanda le projet de Necker, qui fut adopté.

* M«»« de Staël, Considérations, XII, 310-31 1, 320.

* Barère, Mémoires, I, 318.

* Necker, Troisième ministère, VII, 83.

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