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CHAPITRE VII

Après les journées d'Octobre, ce fut d'abord l'intrigue qui gouverna la France.

La première victime du changement de situation fut le duc d'Orléans. La Fayette, pour se débarrasser de lui, avait réussi à s'emparer des fils de la conspiration qui s'était ourdie autour du prince.

Huber, parent de Necker, raconte à ce propos à son correspondant, le diplomate anglais Morton Eden, que, le 10 octobre, le général se rendit chez le duc et lui dit : « Monseigneur, je crains que la tête d'une personne de votre nom tombe bientôt sur l'échafaud ». Et comme le duc le regardait avec surprise, La Fayette continua : (( Vous avez eu le projet de me faire assassiner. Soyez persuadé qu'une heure après ma mort vous mourrez vous-même ». Le due ayant alors protesté de son innocence, le général lui répliqua qu'il lui fallait, sans doute, accepter sa parole, mais qu'il avait cependant entre les mainSi des preuves si accablantes pour lui, qu'il devait ou quitter la France dans les vingt-quatre heures, ou

paraître en jugement. « Le roi » , observa La Fayette à cette occasion, « a descendu quelque degré de son trône. Je me suis placé sur le dernier. 11 n'y arrivera qu'en passant sur mon cadavre. Vous avez à vous plaindre de la reine ; moi aussi. Mais le moment est venu d'oublier tous les torts ». *

Le 14, le duc reçut ses passeports, sous prétexte d'une mission politique que lui conliait le roi ; le même jour il fit avec son confident Choderlos de Laclos, l'auteur du trop fameux roman intitulé Les Liaisons dangereuses^ un voyage à Londres qui l'enleva pour un temps aux événements. Bien des années après la fin tragique qu'il s'était préparée, on trouva écrit de sa propre main le témoignage le plus accablant pour sa mémoire. C'était la lettre à son banquier qu'on a souvent citée depuis, par laquelle il lui donnait l'ordre de ne pas payer une somme tirée sur lui, car, disait-il, « l'argent n'est point gagné, le marmot vit encore ». ^

Ce même duc d'Orléans, parlant un jour de Mirabeau, avait dit à son sujet qu'il n'avait « rien à perdre » . ^ La même pensée semblait former le fond des accusations dirigées contre lui non seulement par ses adversaires de la droite, par MounierouNecker, mais encore par La Fayette, qui malgré cela entrait en négociations avec lui peu de jours après.

* Lord Auckland, Journal and Correspondence, II, 364. — Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marcky

* " Sybel, Histoire de l'Europe pendant la Révolution françaisej I, 105.

^ Droz, Histoire de Louis XVl, II, 342, note.

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