‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 259 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME SSy · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME SSy

Le passé, sans doute, offrait assez de sujets de plaintes et de soupçons. Sans remontera son attitude et à ses discours avant et après les événements du 14 Juillet, il suffisait de rappeler comment, aux premiers jours d'octobre, il s'était engagé à dénoncer tous les auteurs de 1' « orgie sacrilège » de Versailles, à la condition que la personne seule du roi serait inviolable, et que toutes les autres compromises dans cette circonstance seraient également responsables devant la loi : paroles d'où la reine ne fut pas la seule à conclure que Mirabeau menaçait sa vie. Mais, nous l'avons dit, le jugement impartial de l'histoire, qui doit distinguer, dans sa carrière, entre ses vues d'homme d'Etat, ses explosions de passion et ses concessions coupables à l'idole du jour, n'a cependant apporté aucune preuve à l'appui de sa complicité dans les événements d'Octobre. Son attitude au lendemain ne fut en rien celle d'un homme qui aurait eu à craindre le grand jour. 11 ne se dissimulait pas quel accroissement de force et d'influence avait obtenu La Fayette par l'éloignement du duc d'Orléans. Pour lui faire contre-poids, il oflrit hardiment au duc, que le public regardait comme son complice, de le défendre ouvertement dans l'Assemblée nationale, et cela aux dépens de La Fayette. Le duc s'y refusa, préférant échapper par une fuite déguisée en Angleterre aux menaces de l'un et aux offres de service presque aussi dangereuses de l'autre. '

1 Droz, Histoire de Louis XVI, III, 44 et 127.

Bientôt après, le comité d'enquête établi par la municipalité chargea le tribunal du Châtelet de poursuivre les auteurs des événements que, par une désignation assez caractéristique, il nommait les « crimes du 6 Octobre » ; la Commune de Paris, pour le moment, était encore tout entière sous l'influence de La Fayette, et le nom de celui-ci couvrait l'œuvre de ce jour-là. * Quand, en août 1790, après dix mois d'enquête, le Châtelet demanda la poursuite non seulement du duc d'Orléans, mais aussi de Mirabeau^ les preuves contre ce dernier étaient si faibles, que Maury lui-même le constate, ^ et que le tribun obtint de La Fayette, comme du témoin le mieux informé, la promesse de faire connaître la vérité à l'Assemblée. Mais quand vint ce jour, La Fayette ne parut pas, et Mirabeau alors écrivit à de La Marck : « Je pouvais imprimer hier à M. de La Fayette une tache ineffaçable que, jusqu'ici, je ne lui destine que dans l'histoire. Je ne l'ai pas fait ; j'ai montré le sabre, et je n'ai pas frappé. Le temps le frappera assez pour moi » . ^ La prédiction s'est vérifiée. La correspondance entre Mirabeau et de La Marck et les renseignements donnés par celui-ci sur son ami justifient Mirabeau autant qu'ils chargent La Fayette. De La Marck a fourni la preuve indéniable que La Fayette, avec qui il avait passé une partie delà nuit du 5 au 6, connaissait par-

* Maxime de La Rochetrie, Les Journées du 5-6 Octobre 1789. Revue des questioju hütoriques, vol. 14, 1873.

2 Droz, Histoire de Louis XVI, III, 274.

3 Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, II, 209.

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