CHAPITRE SEPTIÈME ÔSg
faitement le sort réservé aux gardes du corps, mais qu'au lieu de prendre des mesures pour les sauver, il s'était porté garant auprès du comte de Montmorin de la sécurité du château pour toute cette nuit ; après quoi il était allé se reposer. ^
Appuyé sur de semblables documents, l'historien allemand de la Révolution n'a pas hésité à accuser La Fayette non seulement d'avoir provoqué le cri du 5 octobre : « Le roi à Paris ! », mais encore d'avoir éveillé la panique à Versailles, ^ en y faisant répandre des bruits de révolte, avant même que cette révolte eût éclaté à Paris. La foi persistante dans la loyauté de La Fayette ne pourra se contenter, à l'avenir, de la défense équivoque de Rivarol, qui, devinant d'instinct le rôle du général pendant les journées d'Octobre, disait à ce propos « que dans les places importantes, le manque d'esprit a les effets de la perversité du cœur ». ^
La politique de Mirabeau contrastait actuellement de la façon la plus formelle avec celle de La Fayette. Vingt-quatre heures à peine après l'arrivée de la famille royale à Paris, il conjura de La xMark de faire comprendre à Louis XVI que lui, les siens et la France avec eux étaient perdus, s'il n'abandonnait
* Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck,
2 * Sybel, Histoire de l'Europe pendant la Révolution, française, I, QT-'IOô. — Droz, par contre, dit que ce cri s'était déjà élevé plusieurs fois à Paris (Histoire de Louis XVI,
II, 344, et III, 18).
3 De Lescure, Rivarol^ 223.
pas le plus tôt possible la capitale. C'est à ce point de vue qu'est rédigé le mémoire du 15 octobre.
Selon lui, le roi et l'Assemblée ne sont ni libres, ni en sûreté à Paris ; l'avenir y cache d'incalculables dangers, parce que la capitale, livrée àl' agiotage et à l'anarchie, est entraînée à sa perte en même temps que le pays. Une nation n'a de valeur que si elle travaille, fait remarquer Mirabeau, et la France s'est déshabituée du travail. 11 n'y a pas à attendre de secours de l'Assemblée, composée d'éléments absolument incompatibles ; elle s'est fermé à elle-même toute voie de retour à partir du moment où elle a proclamé l'ir révocabilité de ses décrets. Parmi les ministres il n'y en a qu'un seul, Necker, qui compte. Mais lui aussi a toujours eu plus d'enthousiastes que de véritables partisans ; incapable et destructif en matière de finances, il maintient à Paris, il est vrai, une apparence de vie, mais au prix de la ruine du pays tout entier. Le retour au passé est impossible. Si le roi va à la frontière, à Metz, il se sépare de la nation et abdique. Un appel à la noblesse n'est pas moins dangereux ; la chute de l'Etat féodal est l'expiation de dix siècles d'erreurs. Le peuple ne sait pas encore distinguer entre noblesse et patriciat et anéantirait impitoyablement les gentilshommes, si on voulait tenter avec leur aide une réaction. L'unique moyen de salut est l'achèvement et raffermissement de la Révolution par l'union la plus étroite du roi avec le peuple. Que le monarque, en conséquence, après avoir pris les mesures militaires nécessaires, quitte en plein jour sa capitale, se rende à