‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 261 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Rouen, en appelle de là aux provinces contre la tyrannie de la capitale, y fasse venir l'Assemblée et convoque, en vue de l'achèvement de la constitution,' une Convention nationale chargée de modifier et d'améliorer ce qui dans la constitution serait impraticable. Les difficultés de ce plan ne sont pas un obstacle à sa réalisation ; on n'échappe aux grands dan. gers que par un danger moindre. Une crise est inévitable. *

L'idée que, depuis les derniers événements, la reine s'était faite de Mirabeau, excluait toute espérance de la gagner à ce plan. Le mémoire fut donc remis au comte de Provence, et l'on sait d'autant moins s'il parvint à la connaissance du roi, que de La Marck affirme expressément le contraire. C'est vers ce tempslà que le comte de Provence, parlant de Louis XVI, comparait ses irrésolutions à des billes de billard huilées, qu'on s'efforce en vain de retenir ensemble. Mirabeau, par contre, ne reculait même pas devant la perspective d'une guerre civile. Sur la remarque de Dumont que ce mémoire en était le signal, il répliqua que celui-ci ignorait à quel point la France était encore attachée à la personne du roi^ combien le pays était monarchique ; si La Fayette — Cromvell-Grandisson, comme il le nommait en raillant depuis le 6 Octobre — voulait jouer au Washington, il y trouverait sa ruine 2. li dit également à de La Mark que la guerre civile renouvellerait les âmes et leur rendrait

1 Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, I, 364.

2 Dumont, Souvenirs sur Mirabeau^ 164.

l'énergie perdue par Timmoralité ; les Français, fit-il observer, veulent tous de l'argent ou des places ; qu'on suppose le roi en état de donner l'un ou l'autre, et son parti ne tardera pas à l'emporter. — Mirabeau voyait aussi qu'on n'arriverait à rien tant qu'un ministère fort et énergique ne serait pas à la tête des affaires. La période qui suivit fut remplie par des négociations au cours desquelles chaque jour pour ainsi dire apportait des combinaisons nouvelles. Au commencement de septembre, le député d'x\ix avait demandé à l'Assemblée, dans le Courrier de Provence, de retirer Je décret excluant les ministres de ses délibérations. Puis la chose sommeilla quelque temps, et, dans le courant d'octobre, Mirabeau prit une fois encore le ministère à partie, pour ne laisser subsister aucun doute sur sa faiblesse et son inactivité. En même temps, cependant, il négociait de nouveau avec Necker, puis avec le ministre de la justice, de Gicé, et se faisait présenter par La Fayette à Montmorin. Leurs vues différaient, l'inimitié et une défiance réciproque accrurent les difficultés. Talleyrand, l'ami de la maison Staël, était d'avis quêtant que Necker resterait au ministère, userait impossible de créer une administration viable ; son éloignement lui semblait une condition sine qua non ; quant à La Fayette, il n'avait aucun plan. ^ La désunion avait pénétré depuis longtemps au sein du ministère. Depuis des mois, l'archevêque de Gicé intriguait contre Necker ; Saint- Priest, qui avait de l'initiative,

1 Jared Sparks, Gouverneur Morris^ I, 335.

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