CHAPITRE SEPTIÈME
passait pour peu sur ; Montmorin était animé de bonnes intentions, mais manquait de l'énergie nécessaire pour les réaliser. Necker essaya une fois encore de s'entendre avec Mirabeau, sans se rencontrer personnellement avec lui. 11 lui fit offrir par La Fayette le poste d'ambassadeur en Hollande ou en Angleterre et une somme de cinquante mille francs pour parer à ses embarras d'argent les plus pressants. Mais Mirabeau voulait que les offres pécuniaires fussent motivées par une grande situation ; il refusa tout, à part une somme qui, du reste, fut remboursée K Dès le milieu d'octobre, Mirabeau était, une fois encore, si exaspéré de l'attitude de Necker, qu'il se rapprocha complètement de La Fayette ; par lui il parvenait à la reine. 11 procura à la vanité du commandant de la garde nationale et à celle de Bailly le triomphe d'une ovation de la part de l'Assemblée, le jour même où celle-ci tint sa première séance à Paris. Puis il pressa le dictateur, comme on appelait maintenant La Fayette, de former unministère tout à sa dévotion. Une note au • tographe, dont Morris parle dès le 12 octobre, reconstruit le cabinet avec Necker comme premier ministre, « afin qu'il devienne aussi impuissant qu'il est incapable ; en tout cas, les derniers restes de sa popularité serviraient au roi ». Cicé aurait été nommé chancelier, Lian court, ami personnel de Louis XVI, ministre de la guerre ; de La Marck était mis à la tête de la marine, etTalleyrand, des finances. Lui-même devenait ministre sans portefeuille ; La Fayette fai-
* Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck,
sait également partie du ministère comme maréchal de France et généralissime, à charge de reformer l'armée. U était question aussi de Mounier. Le projet reposait sur une alliance de tous les talents. Dans une seconde note, Talleyrand recevait les affaires étrangères, Sieyès l'instruction publique ^ Le nouveau gouvernement aurait été un pouvoir fort. Mirabeau, en elfet, partant toujours de l'idée que Paris était le grand foyer de l'anarchie, avait présenté à l'Assemblée, immédiatement après le 6 Octobre, un projet de loi martiale applicable à la capitale ; d'autre part, il avait tenté de débarrasser les finances de l'Etat de leur charge la plus écrasante, la dette flottante, qui s'accroissait toujours. De cette façon, les desseins destructifs de la Révolution devaient être utilisés en vue d'une politique grande et viable.
Pendant ce temps, Talleyrand proposa, le dO octobre, la prise de possession des biens ecclésiastiques, projet qu'avait inspiré un livre de Puységur - et dont Mirabeau connaissait le motif intéressé. En cas de succès, un portefeuille récompensait TalleyrandS et, de plus, les quatre milliards auxquels on évaluait la valeur des biens ecclésiastiques * auraient été comme le gage offert par l'évêque d'Autun à la Révolution au moment où il entrait à son service.
1 Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck I, 411-412. — Malouet, Mémoires,!, 373.
2 Jules Simon, Une Académie sous le Directoire, d'après Bachaumont, Mémoires secrets, V, p. 148 et suivantes.
' Bacourt, Correspondance entité Mirabeau et de La Marck, I, 411.
* Taine, L'ancien régime, 18-19.