‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 265 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

meilleure que la constitution anglaise » . La lettre à Mounier du 23 octobre, que nous avons mentionnée dans le chapitre précédent, n'avait été que la courte lueur d'une appréciation plus juste de l'état des choses ; au fond, La Fayette resta toujours révolutionnaire. La veille du 6 novembre,xMirabeau écrivait à son sujet qu'il l'avait examiné de près et trouvé tout aussi incapable de rompre sa parole que de la tenir à temps. Moins de quatre semaines plus tard il ajoutait, sous l'impression des désillusions les plus amères, qu'il avait en vain averti La Fayette des écueils où il allait se briser le premier. Aveuglé par sa situation, poursuivi comme en vertu d'une fatalité par son irrésolution et son amour pour les médiocrités, il courait à sa ruine et y entraînerait l'Etat avec lui \

Pendant les mois qui suivirent, Mirabeau s'effaça. Un profond découragement s'était emparé de lui. Humilier ses ennemis lui était facile, mais son passé, il le sentait bien, se dressait devant lui, et il devait mourir des blessures qu'il s'était portées à lui-même. L'année 1789 atteignit ainsi son terme, au milieu des inimitiés réciproques, de la défiance et des complots. Le baron de Staël et sa femme prirent part jusqu'au dernier moment à ses émotions et à ses vicissitudes. L'ambassadeur de Suède est nommé à. plusieurs reprises comme un de ceux qui assistèrent aux conférences chez La Fayette ^ Pour décrire la vie des salons parisiens et l'influence de ceux-ci sur

* bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marckj I, 417, 423-424.

^ Jared Sparks, Gouverneur Morris^ I, 328.

les questions du jour, un observateur aussi attentif que Morris renvoie à l'hôtel de l'ambassade de Suède. Il avait fait en automne, chez la comtesse de Tessé, la connaissance de M""= de Staël, à l'endroit de laquelle il nourrissait des préjugés que des relations plus étroites ne parvinrent pas à dissiper complètement. Le genre de coquetterie de la jeune femme lui déplaisait, et de plus il trouvait son ton trop décidé et ses jugements trop tranchants. Son culte pour son père n'était pas non plus de nature, il s'en fallait beaucoup, à éveiller la sympathie de Morris. Quand il l'entendait dire que la sagesse était vraiment un don rare et qu'elle ne connaissait qu'un homme véritablement sage, — Necker, — le diplomate américain ne pouvait s'empêcher de considérer une telle assertion comme le comble de l'aveuglement \

Mais bientôt il dut avouer, lui aussi, qu'il la trouvait merveilleusement douée et affranchie de tous les préjugés vulgaires. « Sa maison», écrit-il en janvier 1790 à Washington, « est une espèce de temple des Muses où se rassemblent les hommes d'esprit et de bon ton ; ils y soupent deux fois par semaine et y dînent au moins une fois, sinon plus souvent. Le comte de Clermont-Tonnerre, un des plus grands orateurs de l'Assemblée nationale, nous lut un soir un discours très pathétique dont le but était de prouver qu il est de Fessence de toute punition légale d'exiger -une réparation pleine et entière pour tout crime ou délit, mais que la société n'a pas le droit d'infliger

* Jared Sparks, Gouverneur Morris^ I, 212, 324, 335.

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