‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 266 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME 55 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 55 I

de son côté des punitions morales. L'homme qui a été pendu, ayant par cela même payé sa dette à la société, ne devrait donc pas laisser après lui un nom déshonoré ; cet autre qui, pendant sept années, a été condamné aux galères, devrait, lorsqu'il a fait son temps, être reçu dans la bonne compagnie, comme si rien n'était arrivé... Ce discours était très beau, très sentimental, et d'un style des plus harmonieux ; aussi excita-t-il de grands applaudissements et une approbation générale... Je n'ai pas besoin d'ajouter que, jusqu'à présent, il n'a point été prononcé dans l'Assemblée. Cependant, Userait de ceux qui font rendre un décret par acclamation. Figurez-vous qu'au milieu d'une délibération quelconque, souvent un orateur se lève ; il prononce avec plus ou moins d*à-propos un discours éloquent; il s'anime, il s'emporte, puis tourne brusquement, et termine par une résolution imprévue qu'un hourrah général sanctionne à l'instant. C'est ainsi que, pendant qu'on discutait un projet de banque nationale, sur la proposition de M. Necker, il prit fantaisie à un membre de proposer que chaque •député offrît à la patrie ses boucles d'argent. Cette proposition fut adoptée sur le champ avec enthousiasme ; en conséquence, l'honorable orateur défit les boucles de ses souliers, et les déposa, séance tenante, sur le bureau ; après quoi la discussion reprit son cours * ».

Un exemple plus frappant encore était à la portée de Morris. 11 n'avait qu'à citer à Washington la lettre

* Jared Sparks, Gouverneur Morris, II, 89.

adressée à la Constituante par une femme tombée, qui, née pour l'amour, disait-elle, avait réussi à mettre ainsi de côté une somme d'argent qu'elle offrait k la patrie. Sur quoi l'Assemblée avait remercié la demoiselle en termes flatteurs, tandis que Condorcet applaudit hautement à l'anéantissement de préjugés qui faisait rentrer dans le sein de la patrie des gens tels que l'auteur de cette lettre et les comédiens *. Cette disposition des esprits et cette excitabilité des têtes ont fait dire à un juge impartial et fm, le duc de Levis, qu'à l'époque où des soldats discouraient^ où des juges faisaient de la politique^ des littérateurs des lois, et où des abbés administraient les finances, la confusion avait atteint un degré tel, que personne n'était resté pour en rire -. Dans de pareilles conditions, il n'était nullement indifférent de savoir de quel côté se rangeraient les femmes d'esprit enthousiastes des idées régnantes.

Des trois grands objets auxquels se consacra la Constituante au cours de l'hiver et du printemps de 1790:lanouvelle division de la France en quatre- vingt trois départements, la suppression des Parlements et la prise de possession des biens ecclésiastiques par l'Etat, c'est le dernier qui a surtout occupé M™^ de Staël. Alors comme plus tard dans les Considérations, son point de vue se rapprochait de celui qu'a développé Turgot dans son article Fondations, rédigé pour Y Encyclopédie, Il y expose que la législation

* Condorcet, Mémoires, Paris, 1824, II, 36.

* Duc de Levis, Souvenirs et portraits, 1780-89. Paris, 1819, 99.

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