CHAPITRE SEPTIÈME
a le droit de supprimer les corporations ou de modifier leur but, si le bien général le réclame. Il avait essayé de prouver qu'il était absurde de considérer comme inattaquables des fondations, en d'autres termes des créations sorties de la volonté d'individus isolés, et plus tard, comme ministre, il avait, conformément à cette manière de voir, agi contre les corporations séculières. La question même d'atteinte portée aux biens ecclésiastiques par l'Etat ne fut pas abordée par lui pendant la durée relativement courte de son ministère. Mais autour de lui on n'hésita pas à aller plus loin, et, en s' appuyant sur son autorité, à aboutir peu à peu à la conclusion que les prêtres, étant serviteurs de l'Etat, les biens du clergé devaient être regardés comme un simple dédommagement pour des services rendus. Tant que le clergé a paru nécessaire à l'Etat, ses droits à cette fortune ont été les mêmes, par exemple, que ceux de l'armée à sa solde; mais à présent les choses ont changé, et avec la cessation des services a cessé également le droit à leur rémunération. A ces sophismes gros de haine non seulement contre l'église proprement dite, mais contre toute institution religieuse en général, vinrent s'ajouter d'une part la détresse financière, de l'autre la perspective engageante d'y mettre un terme par la sécularisation des biens ecclésiastiques, que beaucoup de personnages indignes avaient détournés de leur destination, mais qui n'avaient pas été engloutis et perdus, comme une grande partie de ceux de la no blesse.
La mesure des dispositions nourries à l'égard du
clergé est donnée par ce fait, qu'il se trouva un évéque pour porter le coup de mort à l'ordre auquel il appartenait et pour le faire descendre, non pas, il est vrai, sans des réserves et des compensations pécuniaires, de la première place de l'Etat au rang de fonctionnarisme subordonné et soldé. Tandis que Necker était du petit nombre de ceux qui, comme le janséniste Camus, défendaient fermement le droit de propriété du clergé, ^ M"^^ de Staël inclinait en cette matière vers les idées de son ami Talleyrand. Elle demande, en s' appuyant sur les arguments de Thouret et de Chapelier à la Constituante, de quel droit l'homme réclamerait une durée éternelle pour ses dispositions et tenterait de retrouver dans la nuit des temps des titres éteints pour les opposer à la raison vivante ? ^ Sur ce point, elle, la protestante, se rencontrait avec la Révolution dans le sentiment de l'injustice subie. Elle la ressentait non seulement en sa qualité de membre d'une église si longtemps et si durement persécutée ; mais en outre elle avouait franchement, plus tard, que l'interdiction du mariage avec les non-catholiques lui avait coûté le bonheur de sa vie. Tandis que Necker trouvait dans ces motifs personnels une cause de réserve d'autant plus complète, sa fille revient sur l'histoire des persécutions religieuses,, la guerre des Cévennes, la révocation de l'édit de Nantes, pour rendre le plus illustre
* De l'administration de M. Necker, par lui-même, VI, 276 et 142.
2 M"»« de Staël, Considérations, XII, 355-362. — Jarcd Sparks, Gouverneur Moiris, I, 335.