‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 268 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

représentant de l'église gallicane, Bossuct, responsable à son tour de l'alliance avec le despotisme, et pour contester à l'Eglise, qui se rangea à son avis, le droit d'occuper une situation privilégiée dans l'Etat. Si intolérante qu'était cette conclusion, M""^ de Staël reconnut d'autant plus justement qu'une des principales causes du déclin de la religion en France devait être imputée à l'alliance des dogmes avec les privilèges, au mélange de la foi et de la politique. Son amour sincère de la liberté la ramena dans le droit chemin, quand elle vit le clergé attaqué, non plus seulement dans ses biens et ses honneurs terrestres, mais dans sa conscience même.

Ses notes relatives à l'année 1790 et son attitude personnelle pendant cette période indiquent d'ailleurs qu'insensiblement elle échappait à l'influence des idées de son père. Tandis que Necker, après avoir occupé la première place dans l'Etat, se voyait de plus en plus réduit au rôle de spectateur passif, il était dans l'essence des choses que sa fille, bien que toujours remplie de la même admiration pour son père, fût amenée à chercher le salut de la société ailleurs qu'auprès du gouvernement, qui, dans sa faiblesse et son humiliation, était désormais impuissant à l'entreprendre \

Le décret du 7 novembre avait en effet rendu impossible toute ingérence de la part du ministère, car l'Assemblée, d'une part, se refusait à donner au roi des ministres pris dans son sein, et, de l'autre, elle

* M"»« de Staël, Considérations, XII, 299, 355.

s'imaginait gouvernei', tandis qu'elle ne savait pas se faire obéir. Ce qui devait arriver arriva. La France se couvrit d'une année d'employés qui, en fait, dépendaient uniquement de l'Assemblée. Le droit de suffrage, exercé pendant toute la période révolutionnaire d'après les systèmes les plus différents, équivalait presque au suffrage universel, car il s'étendait à quatre millions de citoyens actifs ; il était cependant restreint par le maintien d'un cens très bas, que la Constitution de 1791 avait fixé au prix de trois jour, nées de travail et qui restait la seule et dernière barrière opposée à l'égalité complète rêvée par la Déclaration des Droits de l'Homme \ C'est ainsi que, dès 1789^ les prolétaires arrivèrent à la puissance politique, avec la résolution de s'en servir contre la propriété. En outre, la liberté illimitée de la presse et le droit de réunion firent passer la direction dès affaires publiques aux clubs et aux journaux.

Le club Breton, toujours dirigé par le triumvirat Duport-Lameth-Barnave, siégeait depuis octobre dans le couvent des Jacobins. Ce même Duport, qui avait armé la France, donna une nouvelle preuve de son talent pour organiser le désordre. Il créa dans les départements, sous le nom de sociétés patriotiques, des associations qui opéraient de concert avec soù club, échauffaient les esprits, éveillaient les passions, se livraient à l'espionnage et à la propagande, et rendaient si difficile l'activité des citoyens tranquilles et amis de l'ordre, que les membres du club de la ca-

* Jules Simon, Une Académie sous le Directoire, 289.

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