CHAPITRE SEPTIÈME
pitale devinrent bientôt les vrais maîtres de la situation, jusqu'à ce qu'ils tombèrent entre les mains de leurs successeurs et ennemis mortels, les Jacobins. M"^^ de Staël compare ce club à « la mine souterraine toujours prête à faire sauter les institutions existantes,quand l'occasion s'en présenterait S) . En avril 1790, on essaya bien d'établir un contre-poids au moyen d'un autre club, le club de 1789, fondé par La Fayette Bailly, La Rochefoucauld, Talleyrand, Chapelier, Rœderer, que Mirabeau soutenait et que présidait Sieyès ; mais cette manœuvre échoua, comme toutes celles tentées désormais pour imposer une digue au torrent déchaîné. « Ces fonctions de conserver, de réprimer, d'arrêter », dit très justement à ce propos M""^ de Staël, « sont celles d'un gouvernement, mais non pas d'un club ». Elle pouvait cette fois d'autant moins réussir, que le contraste entre Duport et La Fayette ou entre Barnave et Talleyrand n'était pas une lutte entre des principes opposés, mais bien une lutte pour le pouvoir. Des deux côtés on voulait la Révolution, et on voulait la dominer. Une fallait pas songer à une entente avec les forces conservatrices. Com.'nent des hommes aussi fermes et aussi honnêtes que Malouet ou Glermont-Tonnerre auraient-ils pu agir d'un accord commun avec Alexandre de Lameth ou Duport, qu'ils regardaient, celui-là, comme un ambitieux aussi dangereux qu'incapable, celui-ci,
1 nroz, Histoire de Louis AT/, III, 102-103. — * Sybel, lUstoire de V Europe fendant la Révolution française, I, 121. — Mme de Staël, Considérations^ Xll, 400.
comme un fanatique qui, pour atteindre son but, n'hésitait pas à recourir au mensonge ? '
L'acte le meilleur de la Constituante au point de vue pratique, la réforme de la justice, perdit par Tamovibilité des juges et leur élection par le peuple le plus précieux de ses avantages : les chances d'indépendance et de stabilité. Tandis qu'on transformait le pays avec une précipitation fiévreuse, il ne restait au ministre, qui nominalement était toujours à la tète des affaires, d'autre tâche que de payer les frais chaque jour croissants de la Révolution. Les prolétaires parisiens seuls coûtaient chaque mois à l'Etat plusieurs milUons -. Necker annonça aux députés, le 6 mars, que le déficit pour les six mois suivants se monterait à 294 miUions. Les paroles dont il accompagna cette communication ne respiraient plus, on le comprend, la confiante sécurité d'autrefois. Il parla de sa santé ébranlée par tant de soucis, de la nécessité du repos, mais point encore de retraite ; il pria l'Assemblée, qui d'ailleurs s'y refusa, de lui adjoindre une commission financière choisie dans son sein, afin que la responsabilité ne reposât plus sur lui seul. A ses demandes d'argent on avait opposé depuis novembre le projet suivant : au lieu de fonder une banque nationale garantie par l'Etat, comme Necker en
* Malouet, Mémoires, I, 281. — Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 144. — Galerie historique des contemporains, IV, 281.
2 Sorel, L'Europe et la [{évolution française, I, 206. — * Sybel, Histoire de V Europe pendant la Révolution française, I, 130.