CHAPITRE SEPTIEME
avait le dessein, on proposait de chercher la sécurité de nouveaux emprunts, et avant tout de l'émission de papier-monnaie, dans la vente des biens ecclésiastiques, en commençant par les biens des couvents. Cette fois Necker résista, et c'est à son honneur. Il ne se fit pas illusion sur les conséquences financières de cette mesure : sans une réglementation préalable de l'administration et de l'emploi du fond ecclésiastique, tels que Mirabeau les réclamait en vain^ ces projets, il le prévoyait, ne pouvaient conduire qu'à l'accroissement de la ruine, à l'expédient des assignats, et finalement à la banqueroute. Tandis qu'en effet on atténuait les difficultés de l'aliénation des biens de l'Eglise, on ne se trompait pas moins sur leur chiffre total. On attendait une partie du gain espéré tout d'abord de la diminution des frais d'entretien du culte, ce qui déjà impliquait la transformation de la situation intérieure de l'Eglise. C'est ce que voulait la gauche, qui espérait porter par la confiscation un coup mortel à l'Eglise elle-même. Malheureusement, Necker n'avait que des palliatifs à opposer à ce nouveau mal. La caisse d'escompte, à l'aide de laquelle il avait opéré de préférence jusqu'ici, était elle- même obérée, et un obstacle à la fondation d une banque nationale, c'est que l'Etat, qui devait la garantir, n'avait plus de crédit*. Le décret du 19 décembre, qui ordonnait provisoirement la vente des biens ecclésiastiques jusqu'à concurrence des quatre cents millions payables en assignats, n'avait cependant pas
* Jared Sparks, Gouverneur Morris, II, 94.
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été lapporté, mais entravé pour le moment dans son exécution, parce qu'on ne trouva pas d'acheteurs pour ces biens jetés soudainement sur le marché en un moment si défavorable. La droite comptait sur cette circonstance et attendait de Necker lui-même la réalisation de ses projets, lorsque la Commune intervint et changea tout à coup l'aspect des choses. La crainte délaisser échapper une occasion si favorable à ses desseins subversifs l'induisit à offrir de prendre les biens des couvents jusqu'à concurrence de deux cents millions, sous certaines conditions avantageuses pour elle. D'autres municipalités se déclarèrent prêtes à faire de même, et la vente des propriétés ecclésiastiques fut ainsi assurée jusqu'au chiffre de quatre cents millions. Personne ne pouvait plus se dissimuler que c'était là le premier pas vers la confiscation complète. Le clergé offrit alors vaine^ ment d'avancer pareille somme comme hypothèque sur ses propriétés. On lui répliqua que depuis les décrets du 2 novembre il avait perdu son droit sur les biens ecclésiastiques mis à la disposition de la nation, d'autant plus que. depuis le 27 juin, il n'y avait plus en France d'ordre ecclésiastique particulier. Les défenseurs les plus résolus de l'Eglise comprenaient que les combats acharnés qui se livraient maintenant sur cette question au sein de l'Assemblée n'en seraient pas moins inutiles. A la dernière tentativede paix d'un pieux utopiste démocrate,le chartreux Dom Gerle, qui voulait faire déclarer le catholicisme religion du peuple français, Mirabeau répondit en montrant de la main la fenêtre du Louvre de laquelle le