‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 271 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME 56 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 56 I

coup de fusil d'un roi avait donné le signal de la Saint- Barthélémy. C'en était fait. Le 14 et le 17 avril, la Constituante décida la rétribution du clergé et l'entretien du culte aux frais de l'lüat, la confiscation en bloc des biens ecclésiastiques, et l'émission de quatre cents millions d'assignats. Ces mesures, Necker le reconnut, lui enlevaient l'administration delà fortune publique pour la faire passer aux mains de l'Assemblée nationale. Sa manière de voir sur lamoralité de la chose ne subit aucune modification ; mais de même que, en un cas bien différent, l'administrateur malhonnête a été loué pour l'habileté avec laquelle il a su, grâce au bien injustement acquis, s'assurer des amis dans le malheur, ainsi Necker crut devoir admirer cette fois l'adresse avec laquelle l'Assemblée sut envisager la situation et comment, au lieu de réclamer les impôts arriérés ou d'en exiger de nouveaux, elle sut sauver sa popularité en abandonnant ce qui ne lui appartenait pas ^

Quelques semaines encore, et, sur ce point tout d'abord,la guerre civile entreprit,à la place de Necker, la condamnation de la politique de la Constituante. M"^^ de Staël avait espéré que la création d'un gouvernement parlementaire permettrait à son père, en premier lieu, de réunir un parti autour de lui, et ensuite de triompher de l'homme en qui se concentrait toute la force vitale de la Révolution, Mirabeau ^ La déception fut d'autant plus grande, que M""® de Staél se

* De V administration de M. Necker, par lui-même, VI, s M-"« de Staël, Considérations, XI, 264.

rendait un compte exact des merveilleuses qualités de ce talent, fait « de force et d'originalité, d'amertume et d'ironie », dont l'action incomparable sur les auditeurs provenait pour une bonne part de ce qu'il savait se modérer, de ce qu'à la tribune « il était surtout imposant* ».Seules des circonstances extraordinaires amenaient chez lui l'apostrophe provocante, l'éclat subit et foudroyant auquel la Constituante ne résistait presque jamais. Contre un pareil talent oratoire, les paroles de Necker, qui de bouche comme par écrit se livrait à de filandreuses analyses et ne s'élevait guère au-dessus des formules sentimentales du jour, seraient restées impuissantes. On était fatigué d'entendre Necke^r parler de son honnêteté, écrivait à Dumont le juriste Komilly, qui s'acquit plus tard une si juste célébrité ^ En outre, depuis les journées d'Octobre, le ministre était persuadé que la vie du monarque était menacée et que, pour le sauver, il fallait accepter humblement toutes les décisions de l'Assemblée % condition peu faite pour enflammer l'éloquence. On en eut la preuve par les discours qu'on permettait à Necker d'adresser à l'Assemblée en de certaines circonstances, et plus encore par ceux qu'il composa pour le roi. Le 4 février 1790, Louis XVf, sur le conseil de son ministre, avait

* Droz, Histoire de Louis XVI, III, 288, note, d'après les témoignages contemporains. — Duc de Levis, Souvenirs et portraits, 217.

2 Memoirs of the tife of sir Samuel Romilly, I, 378.

' De V administration de M. Decker, par lui-mê.me, VI,

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