‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 272 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

exhorté, dans un discjurs de ce genre, les représentants de la nation à la concorde et à la paix, en les assurant de son respect pour la Constitution : langage fait pour toucher momentanément les cœurs et provoquer une de ces démonstrations bruyantes dont la Constituante était coutumière, mais qui ne changeait absolument rien au cours des choses. La fatalité voulait que Ja cause royale eût toujours de nombreux partisans, mais point de conseillers utiles. Rivarol, consulté au nom du roi par lintendant de la liste civile, La Porte, répondit que le monarque devait marcher avec Je peuple et, s'il le fallait, même avec la populace, sacrifier la noblesse, ne pas défendre le clergé ; en morale, ajouta t il, on périt par rinjustice^ en politique, par des fautes. Le droit est la possession appuyée sur la force ; perdez la force, et vous ne sauverez plus le droit ; il n'existe pas, pour la populace, de siècle des lumières. « Dites au roi de faire le roi, tout est là )),lui fit-il dire par Malesherbes ^ Son profond mépris pour lefs héros du jour et pour leur idéale égalité révolutionnaire le porta à engager le roi à se servir de la Révolution comme d'un outil qui, une fois usé, devait être rejeté aussitôt : conseil qui, d'ailleurs^ a été suivi, non par le doux et irrésolu Louis XVI, mais par Bonaparte. Quand ensuite la cour, pressée par la nécessité et triomphant de son antipathie, demandait conseil à La Fayette, elle recevait une réponse semblable, pour des motifs, il est vrai, absolument opposés. L'aveugle

1 De Lescure, Rivarol, 255 et 195-197.

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confiance de celui-ci dans le succès de la Révolution, sa persuasion de la nécessité de tout ce qu'elle avait détruit et de la valeur des garanties qu'elle offrait à la liberté S se résumaient, comme la haine de Rivarol, dans cet axiome : « Le roi à la tête du mouvement ». Gouverneur Morris, en homme pratique, était d'un avis différent. Sur la demande du roi, il lui fil remettre par le médecin de la reine, Vicq d'Azyr, un mémoire où il était dit que le monarque ne devait pas goûter une fois encore des fruits amers que lui avait valus son commerce personnel avec l'Assemblée, mais laisser s'user la situation actuelle et attendre un revirement inévitable. ^ Morris fit plus, et demanda à La Fayette de résigner son commandement delà garde nationale, parce qu'il ne possédait plus sur elle d'au torité réelle ^ Il était à prévoir que cette demande ne serait pas entendue ; elle eut pour effet de les désunir l'un et l'autre, et un séjour de Morris en Angleterre, où l'appelaient les ordres de son gouvernement, éloigna pour un temps cet observateur incommode, qui prêchait dans un désert.

On était au printemps de 1790. Aux difficultés intérieures venaient se joindre les complications du dehors. Le 10 février, l'empereur philosophe qui avait recueilli l'héritage de Marie-Thérèse mourait désenchanté. A la limite de son empire, en Belgique, se déchaînait, provoquée par lui, une révolution en faveur du recouvrement d'anciens droits solennelle-

* La Fayette, Mémoires, II, 439.

* Jared Sparks, Gouverneur Morris, I, 338. ^ Jared Sparks, Gouverneur Morris, I, 340.

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