‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 274 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME b6j · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME b6j

Staël prétend qu'un roi ne peut consentir à l'affaiblissement de son pouvoir, elle juge d'après son sentiment à elle'. Le descendant de Louis XIV se serait accommodé de toute situation supportable. Mirabeau, par contre, voulait une royauté forte et puissante^ aussi bien à l'époque où, repoussé par la monarchie, il créait sa popularité par son opposition contre elle, que maintenant où il se faisait payer pour sauver le trône, si cela était encore possible. Dans cette alliance trop tardive, la partie sincère était, chose curieuse, celle qui risquait sa tête ; les hésitations, le manque de confiance, les restrictions blessantes, l'irrésolution continue étaient au contraire du côté de ceux qu'il s'agissait d'arracher à leur perte. On sait comment Mirabeau, que la reine avait reçu à Saint- Cloud le 3 juillet 1790, revint conquis par les grâces de la souveraine, « le seul homme que le roi ait à son côté » ; pour lui sauver la vie, répétait-il, il faut aussi sauver sa couronne ; la perte de l'une entraînerait la perte de l'autre. Mais la princesse, imprévoyante dans ses choix et si souvent abusée, ne se montrait plus susceptible d'une confiance durable : témoin la duchesse de Polignac, qui avait perdu sa faveur quand la haine delà populace la força, à cause de cette faveur même, qu'on lui supposait encore^ h fuir à l'étranger 2. On aurait pu croire que Mercy, du moins, le serviteur éprouvé de sa mère et son propre ami et conseiller à elle-même depuis sa tendre jeunesse, échapperait à cette humeur changeante :

* M"»« de Staël, Considérations, XI, 336.

* Duc de Levis, Souvenirs et portraits^ 134.

mais nous savons par la reine elle-même, qui le dit en 1792 à la duchesse deTourzel, qu'elle Taccusait d'être insensible à son sort et de ne la tromper pas moins que son autre confident, le baron de Breteuil; ce dernier, ajouta -t-elle, n'a jamais obéi qu'aux suggestions de son égoïsme ' . Il faut sans doute mettre en partie sur le compte du malheur la dureté de ces jugements ; il n'en est pas moins vrai que Necker et même La Fayette, vers lesquels la reine inclinait en des temps meilleurs, avaient été victimes de ces caprices. Necker avait passé partons les degrés de faveur et de disgrâce '. L'antipathie invincible, la répulsion instinctive que, depuis le début de la Révolution, Marie Antoinette éprouvait pour La Fayette,, ont joué un rôle important dans celle-ci. Sous ce rapport du moins, l'accord entre elle et Mirabeau paraissait assuré. Cette antipathie n'empêcha pas cependant le roi, alors que les négociations avec Mirabeau avaient déjà lieu, de s'obliger solennellement à accorder son entière confiance à La Fayette dans toutes les questions constitutionnelles ^ Tandis que les ministres ignoraient les rapports qui existaient entre La Fayette et la couronne, Mirabeau à son tour ne fut pas mis au courant de ces npgociations ; il n'en tenta pas moins de gagner La Fayette à sa politique et de l'amènera s'unir à lui pour le salut de

•* Duchesse de Tourzel, Mèmnirea. II, 106.

* Léouzon Le Duc, Corrcspotu/ance diplomatique du baron de Staël, ii6, 117, 125.

» Droz, Histoire de Louis XVI, III, 194-195. — La Fayette, Mémoires^ II, 449.

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