‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 275 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME 56g · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 56g

l'Etat \ Il réussit aussi peu à cela qu'à s'assurer d'une façon complète et durable la confiance de Louis XVI et de la reine, et il dut tenter seul la terrible aventure de sauver la monarchie en dépit de la cour\ la liberté en dépit des Jacobins, la hiérarchie sociale en dépit de la noblesse, et, au moment où Edmond Burke déclarait la France « rayée du système européen » et préparait son manifeste contre la Révolution '\ de sauver cette Révolution d'elle-même. La lutte gigantesque commença au cours des débats sur le droit de guerre et de paix, amenés parles bruits de guerre. Mirabeau voulait la paix. 11 avait depuis longtemps deviné que la guerre assurerait nécessairement le pouvoir à ces Jacobins qui continuaient à se dresser contre lui. Mais il demandait qu'on donnât au gouvernement les moyens de défense nécessaires, *et l'Assemblée remit au roi le droit de paix et de guerre, en gardant pour elle celui de voter les sommes nécessaires et de réclamer la responsabilité ministérielle. Le lendemain, des brochures et des journaux annoncèrent la grande trahison du comte de Mirabeau. La gauche remit sa cause entre les mains de Barnave; la droite trouva en Maury un orateur qui cette fois se surpassa. Mais Mirabeau vainquit, en ce sens au moins qu'à l'avenir l'Assemblée nationale ne devait décider la question que sur la proposition du roi et avec sa sanction. Ce jour-là,

* Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, II, 1-7, 15, 19-22. — La Fayette, Mémoires, H, 367.

* Ce discours de Burke est du 9 février 1790, et ses Considérations parurent en novembre.

La Fayette fut du côté de Mirabeau, qui ne dépassa plus ce triomphe oratoire du 22 mai ; la victoire politique resta néanmoins incomplète et isolée. C'est ce que prouvèrent les événements des semaines suivantes : les débats sur la constitution civile du clergé, auxquels Mirabeau ne prit point part, et l'abolition de la noblesse comme préparation à la grande fêle de la liberté et de l'égalité, — la Fédération, — qui devait être célébrée le jour anniversaire du 14 Juillet.

De même que, dans la nuit du 4 Août, elle avait' sacrifié ses privilèges, la partie de la noblesse qui avait commencé la Révolution lui sacrifia sans hésiter^ le 19 juillet, ce qui subsistait encore : les honneurs extérieurs, titres, armoiries et autres distinctions. Des noms qui, parfois, pouvaient revendiquer des siècles d'illustration, devaient être abolis : les Montmorency se nommer Bouchard,' les Mirabeau, Riquetti. « Vous avez pendant quatre jours désorienté l'Europe », ripostait brusquement ce dernier au journaliste qui l'avait nommé Riquetti l'aîné ; et il choioit ce moment pour mettre ses domestiques en livrée \ Contrairement à Alexandre de Lameth, à Noailles, au jeune Matthieu de Montmorency, à La Fayette, — qui avait conseillé tout particulièrement au roi d'abolir la noblesse, il insistait sur la force des souvenirs, sur l'impossibilité de détruire à ce point de vue la véritable idée des distinctions sociales ». 11 fallait assurer l'égalité devant la loi ; tout le reste n'était qu'un jeu déguisé de la vanité. Mira-

* Duc de Levis, Souvenirs et portraits, 209.

* Lettres de Mirabeau à un de ses amis d' Allemagne ^ 519.

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