CHAPITRE SEPTIÈME
beau voyait juste, et un avenir prochain montra combien il était absurde de vouloir combattre des institutions qui, fondées sur la nature humaine elle-même, reparaissent toujours sous une forme ou sous l'autre. Au lieu de supprimer les distinctions existantes, le marquis de Condorcet proposa de permettre à chacun de se les arroger à son gré, et Napoléon répara plus tard la faute de la Constituante, en créant, dans son intérêt, une noblesse militaire.
Necker essaya en vain d'empêcher ce décret . Le suivant, sur la constitution ecclésiastique, eut des conséquences beaucoup plus graves encore.
Nous avons dit pour quelles raisons le mouvement qui amena la convocation des Etats- Généraux trouva le clergé de paroisse avec lui. Dès le début, les témoignages de sympathie et de dévouement donnés par celui-ci à la cause populaire étaient si peu équivoques, que rien n'eût été plus facile que de lui conserver ces sympathies. L'œuvre la plus malaisée était incontestablement de se l'aliéner et de transformer le prêtre en un adversaire. L'année 1789 n'était pas révolue, que déjà l'Assemblée nationale avait réalisé ce problème. Cette fois, la faute n'en était pas à la vue bornée de ses théoriciens, mais au contact de leurs doctrines avec d'autres influences et d'autres mobiles.
Les tendances politiques de l'époque, son idéal égalitaire niveleur, devaient forcément entrer en opposition avec une organisation fondée, comme l'Eglise
* Necker, Mémoire au roij mai 1790.
catholique, sur Tautorité, sans qu'il fût iK^cessaire pour cela d'appeler à l'aide la « conspiration de l'athéisme ». Dès qu'il fut entendu qu'en 1789 il ne s'agissait nullement de la liberté, du respect des droits de tous, du libre développement des forces intellectuelles et matérielles de la nation, mais de l'application d'une théorie toute spéciale destinée à fonder la souveraineté des masses, et, pour préparer la voie à cette souveraineté, de l'introduction de la centralisation administrative et de l'uniformité sociale, il fallait en venir tôt ou tard aux prises avec tout ce qui, en dehors de ce système, prétendait encore à l'indépen lance.
Une pareille théorie sociale ne pouvait se contenter de l'anéantissement du clergé comme ordre ; il lui fallait aller plus loin et entreprendre la réforme de la constitution de l'Eglise elle même.
Le passé seul de l'Eglise gallicane peut expliquer comment les forces destructives de la Révolution se rencontrèrent précisément en ce point avec les tendances rénovatrices dans cette Eglise elle-même.
Par le Concordat de 1516, le pape Léon X avait abandonné à la couronne de France, au prix de grands avantages matériels pour la curie, le droit exercé jusque -là par les chapitres de l'Eglise gallicane, de nommer les évêques et les hauts dignitaires. De ce temps date l'alliance avec la monarchie ; d'abord imposée au clergé par la force, elle fut ensuite acceptée par lui. Le clergé appuya le pouvoir de la couronne, fonda avec elle l'unité du royaume, et éleva à la hauteur d'une théorie la doctrine de la puissance illi-