‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 277 sur 298 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

mitée des princes, qui plus tard, sous Louis XIV, fut appliquée au profit du roi contre Rome elle-même '. La couronne, de soq côté, dépouilla peu à peu le clergé de tous ses droits de souveraineté et d'indépendance, mais lui laissa en échange splendeur et richesse, le dédofnmagea de la perte de son ancienne influence comme corps en l'appelant aux emplois les plus importants de l'Etat, et récompensa son dévouement à l'idée de l'unité politique du royaume par le maintien de l'unité religieuse dans la foi. Le monarque qui occupa Avignon, en appela du pape à un concile œcuménique et fit emprisonner son nonce, n'en poursuivit pas moins l'hérésie et révoqua l'édit de Nantes. Le gouvernement de Louis XÏV à son apogée marque en France le point culminant de l'alliance entre la monarchie et l'Eglise ; mais cela seul explique comment la réaction inévitable devait se produire. L'importance de l'Eglise gallicane ne consistait pas seulement dans sa puissance extérieure, mais plutôt en ceci qu'elle avait créé une grande doctrine scientifique et l'école de théologie qui lui donna son nom et qu'illustrèrent tant de saints et savants docteurs. Ses doctrines contrastaient complètement avec celles que les Jésuites devaient produire plus tard, et quand la lutte contre les protestants commença à s'épuiser sur le terrain théologique, les dissensions éclatèrent au sein de l'Eglise française elle-même ; les esprits les plus élevés y prirent part, non seulement des évoques et des théologiens comme Saint-Cyran, les Ar-

* Bûssuct, La polUique tirée de l'Ec?nture sainte.

naud, Bossuet, Fénelon, mais des laïques de la valeur d'un Pascal et d'un Racine. La lutte ne resta pas bornée au terrain théologique. Le pouvoir séculier, habitué à intervenir dans les dissensions religieuses, à parer les attaques du dehors et à poursuivre l'hérésie, n'hésita pas à faire sentir cette fois tout le poids de la persécution aux gallicans ' et aux jansénistes, et cela au profit des doctrines jésuitiques, qui étaient parvenues à s'imposer au roi par ses con fesseurs. Louis XIV mourut; mais la persécution continua et étouda toute vie intellectuelle dans l'Eglise.

Extérieurement» sans doute, le calme était rétabli ; mais c'était le calme d'un cimetière. Les dignitaires parmi le clergé vivaient dans la jouissance, dansFintrigue politique, trop souvent aussi dans les égarements d'une vie de désordre. Le champ de la théologie restait en friche. L'esprit de résistance continuait à vivre dans les Parlements et poussait la magistrature à cette opposition qui prépara, contre ses vœux, la Révolution.

Le châtiment ne se fit pas attendre. L'abolition des Jésuites était avant tout l'œuvre des Parlements, la revanche prise par la magistrature janséniste; mais la blessure faite à la conscience française ne devait pas se fermer. L'orthodoxie forcée devint une ignorance indifférente ; la suppression de la liberté enfanta l'hypocrisie. Les doctrines matérialistes entrèrent par la brèche. La conscience religieuse, toutefois, quoique refoulée et condamnée au silence, n'était pas éteinte. Aux doctrines destructives qui ralliaient à elles la grande majorité des esprits cultivés, le peu-

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