CHAPITRE SEPTIÈME bjS
pie opposait la pratique des vertus modestes qui maintiennent les civilisations et préservent les peuples <le la ruine ; d'autre part, la vieille doctrine gallicane, la sévère pratique janséniste continuaient à vivre chez des théologiens instruits et de pieux laïques avec cette opiniâtreté propre à toutes les convictions persécutées;
Or, maintenant que tous les liens politiques et sociaux allaient se ro'npre et que la liberté, si elle n'était pas le but, était du moins le mot d'ordre, rien de plus naturel pour ces membres si longtemps opprimés de l'Eglise que de croire le moment venu de réclamera leur tour la liberté et d'établir un état de choses qui exclût le réveil de la tyrannie et de la contrainte. C'est ainsi que s'explique la part prise aux travaux du comité ecclésiastique, d'où sortit la constitution civile du clergé,par des hommes sincèrement religieux, tels que Lanjuinais, l'avocat Camus, dont l'autorité en matière de droit canon était reconnue, par Treilhard, Freteau, Durand-Maillane. Pour eux il s'agissait réellement d'une réforme, du retour à la pureté des temps apostoliques. Au milieu de leur génération hostile à toute tradition, dont l'idéal consistait à tout renouveler de fond en comble, ils revinrent seuls au vieux droit et réclamèrent l'ancienne constitution de l'Eglise gallicane.
Mais ils ne s'aperçurent pas en quel moment et à Taide de quels alliés ils cherchaient à atteindre un pareil but. Un politique éprouvé, qui devait devenir le gendre de M""« de Staël, a mis en garde contre les luttes qui sont assurées du concours de tous les élé-
ments douteux, tandis que les amis de l'ordre et de la légalité, effrayés des conséquences qu'ils prévoient, se jettent du côté opposé K C'est une lutte de ce genre qu'entreprirent les jansénistes et les gallicans de la Constituante. La gauche vint avec empressement à leur rencontre. Grâce aux dispositions par lesquelles un Camus ou un Gr»^goire espérait rétablir le christianisme des premiers siècles, les Jacobins affirmaient le piincipe de la souveraineté du peuple, de l'omnipotence de r Etal dans l'RgliRe elle-même, et pendant qu'ils demandaient que Rome rendît au gallicanisme toutes ses prérogatives, ils mirent de leur propre autorité la main dans les affaires de l'Eglise. Non seulement, en effet, la distribution des diocèses d'après les quatre-vingt trois nouveaux départements entraînait la suppression de cinquante-trois évêchéssur cent trente-six ; mais le mode d'élection aussi fut changé ; désormais les électeurs de chaque district devaient nommer le curé, ceux du département, l'évêque. Pour exercer ce droit, il n'était pas nécessaire d'être catholique ; il suffisait d'assister à une messe. Tous les chapitres et tribunaux ecclésiastiques furent supprimés. Les évêques devaient à Tavenir communiquer au pape leur nomination ; mais il leur était défendu de lui demander l'investiture canonique, et celui-ci perdait le droit de dispense. Tout élu avait à jurer fidélité à la nation, au roi et à la Constitution. Robespierre demanda en outre la
* Duc de Broglie, Notices biographiques inédites, citées par Thureau-Dangin, f/ts/oir^ de la monarchie de Juillet y I, 213.