CHAPITRE SEPTIÈME
suppression du célibat pour les prêtres, et Barnave déclara que les vœux monastiques étaient une atteinte aux Droits de l'Homme. L'espoir que l'exécution de ces dispositions détacherait le clergé de la cause de la Révolution et transformerait en adversaires ceuxlà surtout qui lui avaient fait les plus grands sacrifices^ cet espoir stimula les Jacobins, au lieu de les arrêter. Ce qu'ils préféraient de beaucoup à l'alliance avec l'Eglise, c'était sa destruction.
Non seulement le roi ', mais des prélats tels que le noble Boisgelin, archevêque d'Aix, Gicé, que nous avons plus d'une fois nommée et des prêtres de la .disposition conciliante de l'abbé de Monlesquiou, tentèrent d'amener une entente entre l'épiscopat français et Rome : ils s'appuyaient sur ce fait que la constitution civile, inacceptable sur quelques points, renfermait sur d'autres des dispositions sages et utiles. Ils réussirent du moins à faire différer pendant sept mois, du 2i août, jour où le roi la sanctionna, jusqu'au 10 mars 1791, sa condamnation par le doux Pie VI.
Mais depuis dix mois déjà différentes provinces françaises avaient répondu par la guerre civile à l'ingérence de l'Assemblée nationale dans l'organisation intérieure de l'Eglise. La population des campagnes, voyant que les biens ecclésiastiques jusqu'ici sagement administrés ou affermes à bas prix tombaient entre les mains de spéculateurs ou lui étaient enlevés par les nouveaux propriétaires, protesta, par
1 Ghauvelot, Lettres de Louis XVI. Louis XVI à P'e VI, 2 juillet 17D0.
fDjS MADAME DE STAËL liT SON TEMPS
des pétitions à l'Assemblée, contre la chute de la religion catholique ; et celles-ci étant restées sans résultat, on recourut aux armes.
En Alsace, en Bretagne, dans le midi surtout, en Provence, à Aix, à Marseille, à Nîmes, àMontauban, il se livra des combats meurtriers entre catholiques et protestants, entre les partisans de la Révolution et leurs adversaires *.
La Constituante répondit à ces manifestations de la volonté nationale par la mise en vente, ou, pour parler plus exactement, par le gaspillage des biens ecclésiastiques non encore vendus, par le pillage officiel des églises et des sacristies, des cloîtres et des couvents, et par l'achèvement de la constitution civile. La conviction qu'il ne s'agissait décidément que d'un complot coQtre la religion s'empara alors avec une force irrésistible de la partie de la nation restée croyante. 11 ne fut plus question de nouvelles réformes ecclésiastiques ; en présence du danger extérieur, les rangs se serrèrent d'autant plus. Ce qu'aurait été impuissante à faire la conscience religieuse, ébranlée chez tant d'individus, le sentiment de la solidarité, l'honneur et l'esprit de corps le firent. « Nous nous sommes comportés en 1791 comme de véritables gentilshommes », disait plus tard l'archevêque de Narbonne ; « car de la plupart d'entre nous, on ne peut pas dire que nous ayons agi par religion » . Il n'y eut plus tard que cinq évêques, dont trois des plus mal famés, Talleyrand^ Loménie de Brienne et
* Taine, La Révolution, I, 322. — René Lavollée, L'Eglise el la Constituante, Correspondant, septembre 1873.