CHAPITRE SEPTIÈME bjg
Jarente, prêts à accepter la constitution civile. Sous les provocations de la gauche, en réponse aux menaces de Mirabeau, le gallican Montlosier dit ce mot, que les débats de trois Assemblées révolutionnaires n'ont pas fait oublier : « Je ne crois pas, quoi qu'on puisse faire, qu'on parvienne à forcer les évêques à quitter leur siège. Si on les chasse de leur palais, ils se retireront dans la cabane du pauvre qu'ils ont nourri ; si on leur ôte leur croix d'or, ils prendront une croix de bois. C'est une croix de bois qui a sauvé le monde ^ » .
En dépit de ses assurances de complète liberté et de tolérance dans le domaine religieux, l'Assemblée recourut à la force ; le 20 novembre, elle contraignit tous les prêtres à prêter serment à la constitution, y compris la constitution civile du clergé, sous peine de perdre immédiatement leurs charges et d'être poursuivis comme perturbateurs publics 2. De cette décision date le schisme de l'Eglise française, schisme qui divisa toute la nation et accéléra la ruine. A contre-cœur, sous la pression de l'Assemblée, les menaces des tribunes et celles d'un soulèvement, Louis XVI, après d'inutiles tentatives pour obtenir une solution de Rome, finit par céder et signa, le 23 décembre, le décret du 27 novembre. Cet acte, qui le mit en désacord avec sa conscience, explique ses projets de fuite, son plan de recourir à l'aide de
1 A. Bardoux, Le comte de Montlosier et le gallicanisme, 37. Ces paroles sont inscrites sur sa tombe.
2* Sybel, Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, I, 230, note 1.
58o MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
l'étranger. « Plutôt roi à Metz que maître de la France dans de pareilles conditions»^ dit-il un jour au comte de Fersen ^
Le sentiment écrasant que la situation n'était plus tenable s'empara de lui pendant cette matinée d'avril 1791 où la foule furieuse le força de renoncer au départ pour Saint-Gloud, où il voulait aller faire ses dévotions de Pâques auprès d'un prêtre insermenté. Il fut perdu à partir du 29 novembre, où il opposa son veto au déciet de la Législative qui passait de la persécution cachée et indirecte à la persécution ouverte, et menaçait tous les prêtres insermentés de la privation de leur traitement et de l'expulsion. Les deux tiers du clergé catholique furent frappés par cette loi ; les prisons se remplirent d'ecclésiastiques. Vingt -huit mille environ d'entre eux furent déportés =*; d'autres s'exilèrent volontairement. On calcule que 2183 personnes — prêtres, moines et religieuses — perdirent, pendant la Révolution, la vie à cause de leur état 'K
Cette fois, l'auteur des Considérations n'hésite pas un instant à se ranger du côté des victimes. Le sentiment de la justice, que la question de propriété avait été impuissante à éveiller, se ranima devant la persécution : « Un grand tort», dit M^" de Staël, dont
* Le roi à Fersen, dans Droz, Histoire de Louis XVI, III, 299 et 320. — Mémoires de Bouille, IX et X. — Sorel, L'Europe et la Révolution française, II, 128.
2 De Pradt, Les quatre Concordats, II, 34.
^ Martyrologe du clergé français pendant la Hévolution, Paris, 1840. — L'abbé Garron, Les confesseurs de la foi dans l'Eglise gallicane à la ßndu dix-huitième siècle.