‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 281 sur 298 · CHAPITRE SEPTIEME 58 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME 58 I

il semble cependant qu'il devait être facile à l'Assemblée constituante de se préserver, c'est la funeste invention d'un clergé constitutionnel ; exiger des prêtres un serment contraire à leur conscience... c'était mettre l'intolérance politique à la place de l'intolérance religieuse... Cependant le prêtre qui refusait un serment théologique exigé par la menace agissait plus en homme libre que ceux qui tâchaient de le faire mentira son opinion ». RP* de Staël comprend très bien que le glaive de la persécution était à deux tranchants, et que, tandis qu'il atteignait ceux qui refusaient le serment, il abaissait en même temps ceux qui le prêtaient ^

Elle donne à cette occasion un curieux détail : « Trois évêques », dit-elle, « étaient nécessaires pour sacrer les schismatiques et leur communiquer ainsi le pouvoir d'ordonner d'autres prêtres à leur tour. Sur ces trois évêques, dont la fondation du nouveau clergé dépendait, deux, au dernier moment, furent prés de renoncer à la bizarre entreprise que la religion et la philosophie condamnaient également ». Ce déiail fait pour la première fois allusion à un épisode de la vie de Talleyrand, qui, bien que raconté par lui-môme à son ami Dumont, ne fut rendu public qu'assez tard.

Quand il s'agit de trouver, avec Talleyrand, deux évêques pour consacrer les prêtres constitutionnels, Gobel, évêque de Lida in partibus^ informa son collègue d'Autun que le troisième, Miraudet, évêque

* M"»« de Staël, Considérations XII, 363, 409.^

de Babylone également in partibus^ ne voulait plus se joindre à eux. A cette nouvelle, Talleyrand alla trouver ce dernier et lui dit que l'évèque de Lida était en train de les abandonner tous deux, qu'il savait bien, lui, quel elFet ce refus produirait sur le peuple, et qu'il ne voulait pas se laisser lapider, mais tenait à prévenir à temps la trahison d'un collègue. Tout en parlant, il faisait jouer le chien d'un petit pistolet qu'il avait tiré de sa poche au cours du colloque. La menace réussit, et la cérémonie eut lieu sans autres difficultés ' .

Ceci se passa en février 1791 ; mais nous empiétons sur les événements. A l'époque qui nous occupe, dans l'été de d790, il s'agissait de la célébration d'une fête, la première de la Révolution. Le jour anniversaire du 14 Juillet, sur le Champ de Mars, devant l'autel de la Patrie, en présence de la famille royale, de l'Assemblée, des délégués de la garde nationale de toutes les provinces et d'un concours immense de peuple, on prêta serment à la Constitution encore inachevée. Devant Tautel se tenait, en habits pontificaux, prêt à bénir le drapeau rajeuni de la France et à célébrer la messe, l'évêque d'Autun. Il était assisté de l'abbé Louis, le futur ministre des finances de la Restauration. On raconta plus tard que Talleyrand et lui échangèrent en ce moment des mots cyniques *. Quand le roi vint jurer fidélité à

* Dumont, Souvenirs sur Mirabeau. — Jared Sparks, Gou^ verneur Morris^ 1, 354. — Sainte-Beuve,Ta//e!/n/wr/. Nouveaux Lundis, XII, 12. — M"»« de Staël, Considérations, XII, 363.

* Sainte-Beuve, Talleyrand, Nouveaux Lundis^ XII, 12.

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