CHAPITRE SEPTIÈME
cette Constitution qui, par une série de vingt mille paragraphes et décrets \ lui avait enlevé le pouvoir, Tenthousiasme de la foule fut indescriptible. La duchesse de Tourzel nomme cette fête« le dernier beau jour de la reine », et raconte que Barnave, lors du retour de Varennes, dit à Madame Elisabeth que si le roi, mettant à profit l'opinion alors existante^ s'était rendu dans les provinces, les députés auraient été perdus l La remarque de la duchesse est confirmée par ce passage d'une lettre de La Fayette à Washington, en date d'août 1790 : « Le peuple commence à être fatigué de la Révolution non moins que de l'Assemblée ^». Le baron de Staël et sa femme ont décrit tous deux en témoins oculaires le jour que la filie de Necker, sous l'impression de l'exaltation régnante, eut été tentée de saluer comme le premier jour de l'ordre nouveau et delà monarchie modérée , si l'inquiétude qu'elle lisait dans les traits de son père ne l'avait mise en garde contre une confiance prématurée*.
En fait, ce premier anniversaire de la prise de la Bastille eut des résultats presque aussi graves.
Quand les Jacobins s'aperçurent, à certains signes indéniables, que l'on commençait à se fatiguer de la Révolution, ils concentrèrent leurs forces et redoublèrent leurs efforts. Camille Desnaoulins prêcha
* * Niebuhr, Histoire de Vépoque de la Révolution^ I, 135. ^ Duchesse de Tourzel, Mémoires, I, 150.
3 La Fayette, Mémoires, III, 140.
* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 166. — M^" de Staël, Considérations, XII, 377-381,
r insurrection ; la inonomanie du meurtre éclata chez Marat. L'organe de celui-ci, VAmi du Peuple, demanda des pierres pour lapider tous ceux qui osaient encore prêcher des doctrines loyalistes, et avec eux les ilotes et les sybarites voués à la défense delà tyrannie. 11 écrivit la phrase horriblement fameuse : « Cinq ou six cents têtes abattues vous auraient assuré repos, liberté, bonheur ; mais une fausse humanités retenu vos bras ctsuspendu vos coups ».*
En môiîie temps, les promoteurs d'une réorganisation de l'armée étaient menacés du gibet et du bûcher. C'est sur ce point surtout que se dirigeait l'infaillible instinct de la destruction.
L'abolition de la noblesse avait jeté un nouvel élément de discorde dans l'armée, confirmé les soldats dans leurs idées d'égalité et dans l'indiscipline, rendu dans la même proportion les officiers défavorables à la Révolution. Les provocations quotidiennes de la presse démagogique à la révolte, au meurtre des officiers traîtres et aux mesures les plus absurdes, ne manquaient pas leur effet. En juin 1790, Mirabeau nommait l'armée un instrument gigantesque de pillage et de meurtre : villes et campagnes, dit-il, tremblaient devant les soldats révoltés. Les régiments de Nancy répondaient à la suppression des clubs militaires, que venait de voter enfin l'Assemblée, par une sédition que l'énergique Bouille apaisa avec le secours de la garnison de Metz, restée fidèle. Mais cette victoire de l'ordre fut isolée, et l'indisci-
* Marat, VAmi du Peuple, cité par Droz, Histoire de Louis XVI, III, 245. — Taine, La Révolution, II, 333-334. '