CHAPITRE SEPTIÈME bSQ
agitation telle, qu'il jugea prudent de passer la nuit hors de chez lui, en pleine campagne, il ne revint qu'au matin auprès de sa femme, dont on peut se figurer les angoisse?, ^ et n'hésita plus à offrir sa démission au roi, alléguant comme prétexte que ses forces déclinaient et que sa sanié était détruite. Cette démission était attendue, et elle fut immédiatement acceptée. La courue remercia pas le ministre d'avoir, au dernier moment, tenté de conserver à la couronne la nomination aux emplois civils et militaires ainsi que le payement des pensions sur la cassette royale, et de s'être obstinément refusé à communiquer à l'Assemblée le « Livre Rouge », où étaient inscrites les dépenses secrètes. ^ La haine de parti exploita contre lui jusqu'à sa retraite. Cazalès la stigmatisa comme un acte de lâchetp, accompli au moment où tout bon citoyen devait à la patrie le sacrifice de sa vie. ^ Ferrières, beaucoup plus modéré, partage la mt'me manière de voir, et se retranche deirière ce mot dit par un autre: Necker, portant un moulin à eau sur ses épaules, s'occupait sans cesse à regarder d'où venait le vent*.
Le ministre démissionnaire laissait au Trésor, comme garantie de son administration, les deux millions qu'il lui avait avancés Tannée précédente pour acheter du blé. L'homme que la haine de la droite et les passions de la démagogie rendaient à la
* Droz, Histoire de Louis XVI, III, 265.
* Duchesse de Tourzel, }Iémoires, 1, 167. — M«i« de Staël, Considérations, XII, 387.
3 Gazalès, Discours du 16 octobre 1790.
* Ferrières, Mémoires, an VII, II, 135.
fois responsable de la ruine du pays, ne trouvait d'autre confession à faire, sondant plus tard sa conscience,que d'avoir accepté un jour un envoi de fruits et de café venu de Provence. Pour lui qui avait toujours servi l'Etat gratuitement, un pareil aveu ressemblait à la plus amèredes ironies ! ^
Au milieu des émotions de l'automne de 1790, on remarqua à peine que ce troisième et dernier ministère Necker se fermait sur un épisode qui rappelait le premier. Dans la lettre où Necker fait part de sa dénâssion à l'Assemblée nationale, il allègue comme un des motifs de sa retraite les soucis et les craintes qu'éprouvait à son sujet une épouse aussi vertueuse qu'aimée. La crainte de provoquer une seconde fois la raillerie des indifférents, dit-il plus tard, ne saurait l'empêcher de rappeler les services de celle dont l'inépuisable bienfaisance méritait la reconnaissance publique.
Le 8 septembre 1790, Necker quitta Paris, pour se rendre avec sa femme à Coppet. M""" de Staël n'accompagna passes parents. Le 31 août, elle avait mis au monde son deuxième enfant, l'aîné de ses fils, Auguste ; il lui fallait donc rester en France, en proie à des préoccupations plus que justifiées sur la destinée des siens. Quatre jours après le départ de son père, elle apprit par un courrier qu'il lui dépêchait que, quoique muni d'un double passeport, Tun du roi et l'autre de l'Assemblée, il avait été arrêté à Arcis -sur- Aube par une populace furieuse, comme traître à la cause nationale. Il fallut un ordre
1 De V administration de M. Necker, par lui-même, VI, 333, note.