‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 32 sur 298 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

gravement malade. « Mon ami, ma maladie est contagieuse, il ne doit y avoir que toi ici », dit-il à Pechméja ; et tous deux moururent presque ensemble au bout de quelques jours* . Pendant de longues années, ce fut M'^^ Geoffrin qui versa une pension à d'Alembert et préserva du besoin M'" de Lespinasse. Elle secourait artistes et écrivains, et poussait même si loin la bonté, qu'elle se contenta longtemps de mauvais lait, parce que, ayant donné la vache à sa laitière, elle ne croyait pas, pour cette raison, pouvoir la chassera

M™* Necker trouva plus difficile de s'orienter dans le monde féminin que dans le cercle des célébrités et des beaux esprits de Paris ; elle attendait, avec une discrétion facile à comprendre, que de grandes dames comme la maréchale de Luxembourg ou la duchesse d'En ville, son ancienne protectrice, vinssent à elle ; celle-ci ne se fit pas longtemps désirer. Quant à M""^ Geoffrin elle se lia très vite avec M"*^ Necker. Elles avaient bien des points de contact, avant tout leur goût pour la bienfaisance. Gela n'empêche pas M"'^ Geoffrin, de signaler, dans ses lettres, des diversités entre elles ou de petites faiblesses de son amie, qui n'avaient pas échappé à son regard clairvoyant. « Toujours de ï engouement^ jamais ne rien voir de sang-froid », lui écrit-elle un jour. Je vous conjure de diminuer de votre prévention favorablement outrée... Personne ne connaît et ne sent mieux que

* Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, XII, 322. ^ Grimm, Correspondance littéraire.

VOUS le charme de Tamitié et ses douceurs, et ne les fait mieux éprouver à vos amis ; mais vous ne connaîtrez jamais cette facilité, cette aisance et cette liberté qui donne une jouissance parfaite de la société^ ».

M""* Necker acceptait tranquillement ces remarques de M™** (TeolïVin, et, ce qui était plus méritoire, les admonitions de la fille de celle-ci, la non moins originale, mais infiniment moins agréable M™" de La Ferté-Imbault. Elle ne cessa jamais de ressentir pour la mère et la fille une sincère sympathie, dont elle nous a conservé elle-même le témoignage, à la sollicitation d'une des femmes les plus charmantes de son temps, Amélie de Bouffiers, duchesse de Lauzun, dont la douce et pure image vient si souvent, à cette époque, reposer l'œil attristé par tant de sombies tableaux. L'amitié de M™*^ Necker pour elle fut payée de i^tour.

Un jour, pendant la Révolution, la timide jeune femme s'enhardit à défendre dans le jardin des Tuileries et devant la foule assemblée la conduite de Necker 2. Lui et sa femme eurent la douleur devoir se terminer sur l'échafaud la vie de cette adorable créature, qui avait subi toutes les tortures d'un maiiage malheureux.

On peut rapprocher d'elle, pour le charme sympathique, la comtesse d'Houdetot, si dissemblable d'ailleurs sous tous les autres rapports. Le portrait que M""^ Suard trace d*elle dans ses Mémoires con-

* D'Haussonville, Le salon de madame Necker, I, 220, 2 Droz, Histoire de Louis XVI, I, 305.

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